‹ Théâtre de VoltaireChapitre 278 sur 339 · ACTE IV, SCEJNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEJNE IV

Permettez qu'à jamais mon époux les ignore. De ce faible triomphe il serait moins flatté Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité.

GENGIS

Il sait mes sentiments, madame; il faut les suivre : Il s'y conformera, s'il aime encore à vivre.

IDAMÉ

Il en est incapable; et si dans les tourments La douleur égarait ses nobles sentiments , Si son ame vaincue avait quelque mollesse , Mon devoir et ma foi soutiendraient sa faiblesse; De son cœur chancelant je deviendrais l'appui Eu attestant des nœuds déshonorés par lui.

GENGIS

Ce que je viens d'entendre, 6 dieux ! est-il croyable? Quoi! lorsque envers vous-même il s'est rendu coupable; Lorsque sa cruauté, par un barbare effort, Vous arrachant un fils, l'a conduit à la mort!

Il eut une vertu, seigneur, que je révère: Il pensait en héros, je n'agissais qu'en mère; Et, si j'étais injuste assez pour le haïr, Je me respecte assez pour ne le point trahir.

GENGIS

Tout m'étonne dans vous, mais aussi tout m'outrage : J'adore avec dépit cet excès de courage; Je vous aime encor plus quand vous me résistez : Vous subjuguez mon cœur, et vous le révoltez. Redoutez-moi; sachez que, malgré ma faiblesse, Ma fureur peut aller plus loin que ma tendresse.

458 l'orphelin de la chine.

Je sais qu'ici tout tremble ou périt sous vos coups : Les lois vivent encore, et l'emportent sur vous22.

GENGIS

Les lois ! il n'en est plus : quelle erreur obstinée Ose les alléguer contre ma destinée?

Il n'est ici de lois que celles de mon cœur, Celles d'un souverain, d'un Scytbe, d'un vainqueur: Les lois que vous suivez m'ont été trop fatales. Oui, lorsque dans ces lieux nos fortunes égales, JNos sentiments, nos cœurs l'un vers l'autre emportés, (Car je le crois ainsi malgré vos cruautés) Quand tout nous unissait, vos lois, que je déteste, Ordonnèrent ma bonté et votre hymen funeste. Je les anéantis, je parle, c'est assez : Imitez l'univers, madame; obéissez.

Vos mœurs, que vous vantez, vos usages austères, Sont un crime à mes yeux, quand ils me sont contraires. Mes ordres sont donnés, et votre indigne époux Doit remettre en mes mains votre empereur et vous: Leurs jours me répondront de votre obéissance. Pensez-y; vous savez jusqu'où va ma vengeance, Et songez à quel prix vous pouvez désarmer Un maître qui vous aime, et qui rougit d'aimer.

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