GENGIS, IDAMÉ
GENGIS
Non, je n'ai point assez déployé ma colère, Assez humilié votre orgueil téméraire, Assez fait de reproche aux infidélités Dont votre ingratitude a payé mes bontés. Vous n'avez pas conçu l'excès de votre crime, Ni tout votre danger, ni l'horreur qui m'anime, Vous, que j'avais aimée, et que je dus haïr; Vous, qui me trahissiez, et que je dois punir.
IDAMÉ
Ne punissez que moi ; c'est la grâce dernière Que j'ose demander à la main meurtrière Dont j'espérais en vain fléchir la cruauté. Eteignez dans mon sang votre inhumanité.
468 l'orphelin de la. CHINE.
Vengez-vous d'une femme à son devoir fidèle; Finissez ses tourments.
G EN GIS
Je ne le puis, cruelle; Les miens sont plus affreux, je les veux terminer. Je viens pour vous punir, je puis tout pardonner. Moi, pardonner! à vous! non, craignez ma vengeance : Je tiens le fils des rois, le vôtre, en ma puissance. De votre indigne époux je ne vous parle pas; Depuis que vous l'aimez, je lui dois le trépas : Il me trahit, me brave, il ose être rebelle. Mille morts punissaient sa fraude criminelle : Vous retenez mon bras, et j'en suis indigné; Oui, jusqu'à ce moment, le traître est épargné. Mais je ne prétends plus supplier ma captive. Il le faut oublier, si vous voulez qu'il vive. Rien n'excuse à présent votre cœur obstiné : Il n'est plus votre époux, puisqu'il est condamné; Il a péri pour vous : votre chaîne odieuse Va se rompre à jamais par une mort honteuse. C'est vous qui m'y forcez ; et je ne conçois pas Le scrupule insensé qui le livre au trépas. Tout couvert de son sang, je devais, sur sa cendre, A mes vœux absolus vous forcer de vous rendre; Mais sachez qu'un barbare, un Scythe, un destructeur, A quelques sentiments dignes de votre cœur. Le destin, croyez-moi, nous devait l'un à l'autre; Et mon ame a l'orgueil de régner sur la votre. Abjurez votre hymen, et, dans le même temps, Je place votre fils au rang de mes enfants. Vous tenez dans vos mains plus d'une destinée ;