‹ Théâtre de VoltaireChapitre 302 sur 339 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

AGLAÉ

Rien n'est plus vrai encore.

ANITUS

C'est sans doute la crainte de me déplaire qui suspend votre engagement avec lui ?

AGLAÉ

Non assurément; car n'ayant jamais cherché à vous plaire, je ne crains point de vous déplaire.

A IV i tu s.

Vous craignez donc d'offenser les dieux, en préférant un profane comme Sophronime à un ministre des autels?

AGL AÉ.

Point du tout ; je suis persuadée que l'Être suprême se soucie fort peu que je vous épouse ou non.

ANITUS

L'Etre suprême! ma chère fille, ce n'est pas ainsi qu'il faut parler; vous devez dire les dieux et les déesses. Prenez garde, j'entrevois en vous des sentiments dangereux, et je sais trop qui vous les a inspirés. Sachez que Cérès, dont je suis le grand-prêtre, peut vous punir d'avoir méprisé son culte et son ministre.

AG L AÉ.

Je ne méprise ni l'un ni l'autre. On m'a dit que Cérès préside aux blés; je le veux croire : mais elle ne se mêlera pas de mon mariage.

Elle se mêle de tout. Vous en savez trop : mais enfin j'espère vous convertir. Etes-vous bien résolue à ne point épouser Sophronime?

Théâtre. V, 3î

498 SOCRATE

AGL AÉ.

Oui, j'y suis très résolue; et j'en suis très fâchée.

ANJTUS.

Je ne comprends rien à toutes ces contradictions. Écoutez : je vous aime; j'ai voulu faire votre bonheur, et vous placer dans un haut rang. Croyez-moi, ne m'offensez pas, ne rejetez point votre fortune; songez qu'il faut sacrifier tout à un établissement avantageux; que la jeunesse passe, et que la fortune reste; que les richesses et les honneurs doivent être votre unique but; que je vous parle de la part des dieux et des déesses. Je vous conjure d'y faire réflexion. Adieu, ma chère fille : je vais prier Cérès qu'elle vous inspire , et j'espère encore qu'elle touchera votre cœur. Adieu encore une fois : souvenez-vous que vous m'avez promis de ne point épouser Sophronime.

AGLAÉ

C'est à moi que je l'ai promis, non à vous.

(Anitus sort.) (Aglaé seule.)

Que cet homme redouble mon chagrin! je ne sais pourquoi je ne vois jamais ce prêtre sans frémir. Mais voici Sophronime : hélas ! tandis que son rival me remplit de terreur, celui-ci redouble mes regrets et mon attendrissement.

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