‹ Théâtre de VoltaireChapitre 303 sur 339 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

méchant homme, cet ennemi juré de Socrate, sortir d'auprès de vous, et vos yeux semblent mouillés de quelques larmes.

AGL AÉ.

Lui ! il est l'ennemi de notre bienfaiteur Socrate? Je ne m'étonne plus de l'aversion qu'il m'inspirait avant même qu'il m'eût parlé.

SOPHRONIME.

Hélas! serait-ce à lui que je dois imputer les pleurs qui obscurcissent vos yeux?

AGL AÉ.

Il ne peut m'inspirer que des dégoûts. Non, Sophronime, il n'y a que vous qui puissiez faire couler mes larmes.

SOPHRONJME.

Moi, grands dieux! moi qui voudrais les payer de mon sang! moi, qui vous adore, qui me flatte d'être aimé de vous, qui ne vis que pour vous, qui voudrais mourir pour vous! moi , j'aurais à me reprocher d'avoir jeté un moment d'amertume sur votre vie ! Vous pleurez, et j'en suis la cause ! qu'ai-je donc fait? quel crime ai-je commis?

Vous n'en pouvez commettre. Je pleure, parceque vous méritez toute ma tendresse, parceque vous l'avez , et qu'il me faut renoncer à vous.

SOPHRONIME.

Quels mots funestes avez-vous prononcés! Non, je ne puis le croire ; vous m'aimez, vous ne pouvez changer. Vous m'avez promis d'être à moi, vous ne voulez point ma mort.

5oO SOCRATE.

AGLAÉ

Je veux que vous viviez heureux, Sophronime, et je ne puis vous rendre heureux. J'espérais, mais ma fortune m'a trompée : je jure que, ne pouvant être à vous, je ne serai à personne. Je l'ai déclaré à cet Anitus qui me recherche, et que je méprise; je vous le déclare, le cœur pénétré de la plus vive douleur, et de l'amour le plus tendre.

SOPHRONIME.

Puisque vous m'aimez, je dois vivre; mais si vous me refusez votre main, je dois mourir. Chère Aglaé, au nom de tant d'amour, au nom de vos charmes et de vos vertus, expliquez-moi ce mystère funeste.

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