‹ Théâtre de VoltaireChapitre 66 sur 339 · M. GR1PON · texte numérisé non relu

M. GR1PON

Voilà trop de fracas , avec trop de dépense. Je n'aime point qu'on ait du plaisir par avance. Cette vie à ton père à coup sûr déplaira. Et que feras-tu donc quand on te mariera ?

DAMIS

Ah î si vous connaissiez cette ardeur vive et pure, Ces traits, ces feux sacrés, i'ame de la nature, Cette délicatesse, et ces ravissements, Qui ne sont bien connus que des heureux amants ! Si vous saviez...

M. GRIPON.

Je sais que je ne puis comprendre Rien de ce que tu dis.

DAMIS

Votre cœur n'est point tendre :

Vous ignorez les feux dont je suis consumé. Mon cher monsieur Gripon, vous n'avez point aimé.

M. GRIPON.

Si fait, si fait.

DAMIS

Comment? vous aussi, vous?

M. GRIPON.

Moi-même.

DAMIS

Vous concevez donc bien l'emportement extrême , Les douceurs...

M. GRIPON.

Et oui, oui; j'ai fait à ma façon L'amour un jour ou deux à madame Gripon ;

Mais cela n'était pas comme ta belle flamme, Ni les discours de fou que tu tiens sur ta femme.

D AMIS

Je le crois bien : enfin vous me le pardonnez?

M. GRIPON.

Oui-dà , quand les contrats seront faits et signés. Allons; avec ta mère il faut que je m'abouche: Finissons tout.

D ami s.

Ma mère en ce moment se couche.

M. GRIPON.

Quoi ! ta mère?...

Approuvant le goût qui nous conduit, Elle a dans notre bal dansé toute la nuit.

Ta mère est folle.

D AMTS.

Non ; elle est très respectable , Magnifique avec goût , douce , tendre , adorable.

M. GRIPON.

Écoute: il faut ici te parler clairement.

Nous attendons ton père, il viendra promptement;

Et déjà son commis arrive en diligence,

Pour régler sa recette ainsi que la dépense.

Il sera très fâché du train qu'on fait ici ;

Et tu comprends fort bien que je le suis aussi.

C'est dans un autre esprit que Phlipotte est nourrie;

Elle a trente-sept ans, fille honnête, accomplie,

Qui, seule avec mon fils, compose ma maison;

L'été sans éventail , et l'hiver sans manchon ,

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