M. GR1PON
Voilà trop de fracas , avec trop de dépense. Je n'aime point qu'on ait du plaisir par avance. Cette vie à ton père à coup sûr déplaira. Et que feras-tu donc quand on te mariera ?
DAMIS
Ah î si vous connaissiez cette ardeur vive et pure, Ces traits, ces feux sacrés, i'ame de la nature, Cette délicatesse, et ces ravissements, Qui ne sont bien connus que des heureux amants ! Si vous saviez...
M. GRIPON.
Je sais que je ne puis comprendre Rien de ce que tu dis.
DAMIS
Votre cœur n'est point tendre :
Vous ignorez les feux dont je suis consumé. Mon cher monsieur Gripon, vous n'avez point aimé.
M. GRIPON.
Si fait, si fait.
DAMIS
Comment? vous aussi, vous?
M. GRIPON.
Moi-même.
DAMIS
Vous concevez donc bien l'emportement extrême , Les douceurs...
M. GRIPON.
Et oui, oui; j'ai fait à ma façon L'amour un jour ou deux à madame Gripon ;
Mais cela n'était pas comme ta belle flamme, Ni les discours de fou que tu tiens sur ta femme.
D AMIS
Je le crois bien : enfin vous me le pardonnez?
M. GRIPON.
Oui-dà , quand les contrats seront faits et signés. Allons; avec ta mère il faut que je m'abouche: Finissons tout.
D ami s.
Ma mère en ce moment se couche.
M. GRIPON.
Quoi ! ta mère?...
Approuvant le goût qui nous conduit, Elle a dans notre bal dansé toute la nuit.
Ta mère est folle.
D AMTS.
Non ; elle est très respectable , Magnifique avec goût , douce , tendre , adorable.
M. GRIPON.
Écoute: il faut ici te parler clairement.
Nous attendons ton père, il viendra promptement;
Et déjà son commis arrive en diligence,
Pour régler sa recette ainsi que la dépense.
Il sera très fâché du train qu'on fait ici ;
Et tu comprends fort bien que je le suis aussi.
C'est dans un autre esprit que Phlipotte est nourrie;
Elle a trente-sept ans, fille honnête, accomplie,
Qui, seule avec mon fils, compose ma maison;
L'été sans éventail , et l'hiver sans manchon ,