‹ Théâtre de VoltaireChapitre 92 sur 339 · CTE III, SCÈNE V. I · texte numérisé non relu

CTE III, SCÈNE V. I

A vos pieds...

M. DU RU

Fils indigne, apostat du barreau, Malheureux marié, qui fais ici le beau, Fripon, c'est donc ainsi que ton père lui-même S'est vu reçu de toi? c'est ainsi que l'on m'aime?

M. gripojv.

C'est la force du sang.

Je ne suis pas devin.

MADAME DURU

Pourquoi tant de courroux dans notre heureux destin ? Vous retrouvez ici toute votre famille; Un gendre, un fils bien né, votre épouse, une fille. Que voulez-vous de plus? Faut-il après douze ans Voir d'un œil de travers sa femme et ses enfants?

M. DÏJRU.

Vous n'êtes point ma femme: elle était ménagère; Elle cousait, filait, fesait très maigre chère, Et n'eût point à mon bien porté le coup mortel Par la main d'un filou, nommé maître d'hôtel; N'eût point joué, n'eût point ruiné ma famille, Ni d'un maudit marquis ensorcelé ma fille; N'aurait pas à mon fils fait perdre son latin, Et fait d'un avocat un pimpant aigrefin. Perfide! voilà donc la belle récompense D'un travail de douze ans et de ma confiance? Des soupers dans la nuit! à midi, petit jour! Auprès de votre lit, un oisif de la cour! Et portant en public le honteux étalage

l/[0 LA FEMME QUI A RAISON.

Du rouge enluminé qui peint votre visage ! C'est ainsi qu'à profit vous placiez mon argent? Allons, de cet hôtel qu'on déniche à l'instant, Et qu'on aille m'attendre à son second étage.

D AMIS

Quel père!

LE MARQUIS

Quel beau-père!

ÉRISE.

Eh ! bon dieu , quel langage !

MADAME DURU

Je puis avoir des torts; vous, quelques préjugés : Modérez-vous, de grâce; écoutez, et jugez. Alors que la misère à tous deux fut commune, Je me fis des vertus propres à ma fortune; D'élever vos enfants je pris sur moi les soins; Je me refusai tout pour leur laisser du moins Une éducation qui tînt lieu d'héritage.

Quand vous eûtes acquis, dans votre heureux voyage, Un peu de bien commis à ma fidélité, J'en sus placer le fonds; il est en sûreté.

M. DU RU

Oui.

MADAME DURU

Votre bien s'accrut; il servit, en partie, A nous donner à tous une plus douce vie. Je voulus dans la robe élever votre fils; Il n'y parut pas propre, et je changeai d'avis r De mon premier état je soutins l'indigence; Avec le même esprit j'use de l'abondance. On doit compte au public de l'usage du bien,

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