‹ Théâtre des boulevardsChapitre 51 sur 156 · SCENE IIL · texte numérisé non relu

SCENE IIL

ISABELLE seule,

VA, va, vilain pénard, vieux bouquin, vieux cornard, je me bats Pœil de tes conseils.

Il faut avouer que je suis dans une grande

ii6 Les deux Doubles.

infortune, je n*aî jamais été plus folle que depuis que je suis femme : c*est un grand tourment d'avoir affaire à un homme qui n'a que de la langue, et qui est pourtant toujours après vos trousses; j'aimeroîs mieux qu*on me payît, et qu'on me renvoyît; il vaudroit bien mieux pour moi de n*étre pas mariée; car j'aime autant mon écuelle vuide que rien dedans : aussi j'ai pris mon parti ; et depuis que Monsieur Leandre m'a écrit une Lettre de déclaration d'amour, je veux voir ce qu'il chante, et s'il en a autant qu'il me le dit ; car enfin une honnête femme doit se récupérer des chagrins que son mari lui donne par passer les plaisirs des momens de sa vie dans les agrémens des beaux jours ; nous nous serions déjà pris plus d'une fois nos mesures, si ce n'étoit qu'il me faudroit un prétexte pour avoir des Galans. Je suis sûre que l'occasion de la fortune me favorise, et que mon vieux magot n'est décampé du logis que pour aller voir Mademoiselle Catin, not* voisine. Je vais me déguiser sous sa figure, il me prendra pour la Catin de not' quartier; s'il prend des libéralités avec moi, je lui ferai voir sa courte honte en me découvrant, et pour lors il n'osera plus me rien dire quand je voudrai me donner des talons dans le cul.

Les deux Doubles. wj

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