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SCENE III

CASSANDRE, ISABELLE

CASSANDRE

OU8 venez fort à propos, j'ai une chose à vous apprendre.

ISABELLE

Vous n'avez qu'à parler, mon cher père, je verrai si cela me convient, et vous verrez toujours en moi la parfaite z*obéissance id'une fille bien apprise a son père.

CASSANDRE

Bon, ma fille, vous êtes fort bien embouchée, ça me charme; car je vous Tai toujours, dît, et c*est vrai, l'obéissance est le parti que doit prendre z'une fille bien hée, quand son père ne la gêne point.

Ambassadeur» t^b

I8ABBLLB.

Pour ce qui est de ma fantaisie, je le fais toujours fort aisément.

CASSANDftE.

Ah ça, parle^moi tout de même comme à Monsieur votre Confesseur. Vous connoissez Monsieur Liandre?

ISABELLE

Je i*ai vu une fois à Vaugirard, et pour le tems que je l'ai entretenu, il m'a paru assez adorable; il a des manières fort agriables, certainement c'est un fort biau Gentis* homme.

GASSAMDRB.

Est-ce que vous Taimeriez ?

ISABELLE

Quand je vous dis qu'il me rôdoit» vous me dites qu'une fille est un trebuchet qu'il faut qu'il s*ouvre aux amans qui z'ont de quoi. Ah Dame, comme il est Archer de TEcuelle et qu'il a quarante-cinq sols par jour à dépenser, je vis bien qu'il falloit que le trebuchet s'ouvrasse pour lui,: c'est pourquoi drès la première fois^ je me laissai tourner sans rien dire; et quand il me glissa quelque chose de fiançailles^ ça fit qu'il in-

246 Leandre

sînua tout ce qu'il voulut sans que je m'y opposisse, parce que la z'obeissance pour votre permission

CASSANDRE

Fort bien, mais qu'arriva- t-il ? {à part,) Je suis troublé de la peur qui m'efiraye.

ISABELLE à part.

Je vois bien qu'il faut que je mente à mon cher père.

CASSANDRE

Répondez donc, qu'en arriva-t-il i

ISABELLE

Il me jura qu'il m'aimoit beaucoup et' ' qu'il étoit bien-aise de ce quMl n'y avoît pfas' long-tems que j'étois pUcelle, parce qu'il ' voulait être mon époux. '

CASSANDRE

Je suis fort aise qu'il n'ait pas été plus avant.

ISABELLE

Ah, mon cher père! Monsieur Liandreest ^ fort respectueux auprès des Dames; c'est pourquoi moi qui suis une pauvre fille toute innocente, je sçais bien ce qu'il a, je ne sçais pas ce qui lui manque; ainsi si c'est votre boii plaisir, je le prendrai fort bien dans l'état où il est. '

A màâssadeur, 247

CASftANDRB.

Comme vous avez la conception fortaisée, j'ai toujours craint^ s'il venoit ici queuqu'amant, qu*il n'y parût; mais puisqu'il n'y a rien de fait, quand M. Liandre reviendra, il faudra lui fermer la porte an irez.

ISABELLE

Est-ce que vous me défende;^ de le voir?

CASSANDRE

Non vraiment, il ne fàiit plus lui parler de votre vie, et vous ne manquerez pas de lui dire, tout aussi-tôt que vous le verrez, qu^il est un imposteur, que ce n'est pas pour lui que votre four chauffe. Le Roi m'attend à Hispaham,. je veux vous y établir.

Mon cher père, est-ce qu^on vous a mal parlé de mon comportement que vous voulez m*envoyer au Mississipi^ Encore si quelqu'un se plaignoît de moi; mais je n'ai jamais fait de l'escandale, j'ai toujours tricoté dans ma chambre..

CASSANDRE

Fort biea; maiis dans cinq ou six jours, nous serons ttux Antipodes^ il n'y a qu'un pas de-là à Ispaham; quans nous serons a r«

248 Leandre

rivés, Arlequin, vous et moi, je vous mennerai au Sophi; je ne vous dis rien encore.

Adieu^ je m'en vais tout arranger pour le départ de notre voyage...

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