SCENE V
LEANDRE, ISABELLE
LEANDRE
QUEU petit inconvegnient vous est-il donc ^arrivé, charmante z'isabelle! Est-ce que vous vous êtes levée le cul le premier?
Ambassadeur. 24g
ISABKLLS*
Ah biau Liandre ! secourez-moi dans mes afflictions! Je suis une pauvre fille dont son cher Père veut tourmenter les affections; il veut me mener en Perse.
- LEANDRE
Je vous y mettrai bien sans qu'il s'en mêle; il ne faut pas le croire, charmante z*Isabelle, et j'espère que vous n*h^iterez pas sans aucun doute.
xsABBLLS soupirant,
J'aimerois cent fois mieux tomber avec vous, que d*être droite sur mes pieds a^ec un autre.
r I^EANDRE.
Je remercie tous tes jours mon bon Ange de l'envie qu*il me fit avoir' de vous violer à Vaugirard ; car il est vrai charmante z*lsabelle, que sans un bonheur aussi favorable, je n'aurois peut-être jamais profité de votre bienveillance.
ISABELLE
Vous portez une corporance si avenante.
LEANDRE
Je compte que mon petit sçavoir faire sera bien mieux à votre point, quand nous au- II. II.
25<D Leandre
rons la commodité d*an mariage, et nous ferons bien des petits enfants qui nous ressembleront à tous deux, parce quUls seront fort aimables.
ISABELLE
Je crois^ charmant Liandre, que je serai assez heureuse, pour vous donner bientôt cette petite marque de mon estime; j'ai eu mal au cœur depuis deux jours; mais aussi j*ai une grande tribulation de la part de mon cher père qui m'ennuye furieusement; car il m'a défendu de vous voir, parce qu'il veut me marier par cet endroit que je vous ai dit.
LEANDRE
Queuque chose qu'il dise, je veux qu'il en ait le démenti : peut-être qu'il voudroit vous donner à queuque vieux radoteux, tout comme lui qui z*auroit la âeume à la bouche et la roupie au nez, il ne connoit pas votre portée au contraire d'avec moi, je vous donnerai tous vos besoins. Vous pourrez avoir la gale si vous voulez; mais morbleu des pâles couleurs, comptez que vousn^en aurez de votre vie. Ah ça charmante >personne, donnez-moi votre main, et venez avec moi; et si vous voulez, je lut ferons la même niche que je lui zi fimes t'a Vaugirard.
A mbéusadeur, a ^ i
ISABEt*LE,
Ça ne seroit pas de refus^ biau Liandre, n^étoit la z^honorable compagnie à qui nous devons donner une image d'un parfait modèle d^amour, et puis la modestie
LEANDRE
Pourquoi être modeste mal à propos ? un bon mariage payera tout.
ISABELLE
Oui le nôtre vrayement il est assez
avancé, si mon cher père n'avoit pas des rats. Nous avons déjà un enfant de fait ; c'est toujours de quoy entrer en ménage.
LEANDRE
Je ne suis pas d'humeur à négliger un si grand avantage; néanmoins si Monsieur votre cher père veut encore faire le z^Olibrius, ça m'embarrasse morbleu, je voudrois qu'il fut pendu, je vous épouserois toute à c«tte heure.
ISABELLE
Pour moi je pense tout autrement; je ne voudrois pas que cette bagatelle que vous dites fût arrivée à mon cher père.
LEANDRE
Qu'est-ce que ça fait, ça ne me dégoûte-
^2 Leandre
roit pas davantage de vous. Au fond, il £aut pourtant songer à faire changer le bonhomme de vouloir. Eh bien^ sera-ce z'assez d'une volée de coups de bâton.
Il faut le réserver pour le dernier, car ça rirriteroit un peu contre nous. Tai bien peur que je ne vous verrai plus si souvent.
LEANDRE
via tout droit ce qui me fâche. J'ai déjà z'assez de peine à vous voir; et si on vous resserre davantage, je ne le pourrai plus faire...
ISABELLE
Ah mon cher Liandre, si oh alloit casser en deux notre z*himenée.
LEANDRE
Mort nom d'un diable, Mamselle, vous me rendez furieux quand j'y pense ; mais sacré choux, puisque je suis sur la bête, on ne m'en fera pas descendre si aisément : j'aimerois mieux tétebleu, faire d'Arlequin, de vous et' de Monsieur votre père, uae fricassée aux chiens dans le ruisseau.
ISABELLE
Voilà z'un z'emportement bien tendre mon cher Liandre, et je suis sûre que vous ne
Amba$$ad€ur, 253
voudriez pas me laisser enceinte^ comme je suis dégoûtée que je ne puis plus rien manger; mais je souffre tout à cause de ▼otre amour; et quand je me sens de la répugnance, je me dis d'abord comme ça, que c'est vous qui me faites mal au cœur.
LBANDRE.
Vous me faites bien de l'honneur, Mamselle.
ISABBLLB.
Adieu, charmant Liandre, je m'en vais éplucher quelques aricots pour notre souper ; mais comptez qu'avec vous je les aimerois cent fois mieux qu'un bon plat de morue avec un autre.
LEANDRE
Quelqu'un vient.
IflABBLLB*
Cest z'Arlequin le valet de mon père, il faudroit lui confier nos chagrins, et le prier de servir la passion de notre amour, car il a de l'esprit comme une peinture.
254 Leandre