‹ Théâtre des salonsChapitre 55 sur 76 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les mêmes, LE DUC.

LE DUC

J’arrive à temps, a ce qu’il paraît... La fenêtre ou- / verte. ,.\un enlèvement. ..C’est fortbien, Monsieur le chevalier, et je vois que vous ne perdez pas de temps... Mais, Yvonne, j’ai su, moi aussi, mettre le mien à profit... Madame la duchesse ira réfléchir pendant le reste de ses jours, au couvent des Ursulines, sur les dangers qu’il y a de se faire enlever par le neveu quand on a accepté la

main de l’oncle... Pendant ce temps, Monsieur le chevalier méditera sur les inconvénients de l’imitation en matière conjugale... Libre a lui de faire paraître une

brochure sur ce sujet fort intéressant... à la Bastille...

On lui donnera tout ce qu’il faut pour écrire.

Monsieur le duc, cette raillerie...

LE DUC

Hé ! Comtois, ferme donc cette fenêtre : il vient par là un vent du diable.

LE CHEVALIER

Eh! Monsieur, il n’est point question...

LE DUC

Mais si, vraiment... c’est dans votre intérêt que j’agis: vous savez bien que, si je prends un rhume, vous tousserez.

LE CHEVALIER

Monsieur, vous abusez de la parenté...

LE DUC

Permettez, mon cher : il y a des bornes à tout, même à la patience d’un oncle.

Yvonne, à genoux.

Ah! Monsieur le duc, pardonnez a ce pauvre chevalier... C’est moi qui suis cause de tout... Qu’on m’enferme dans un couvent, s’il le faut, mais qu’on ne le mette point à la Bastille!

LE CHEVALIER

Et moi, Monsieur le duc, je me mets à vos pieds pour vous supplier de faire tomber tout votre courroux sur moi, mais d’épargner madame...

LE BUC

C’est inutile... je vous pardonne... Qu’on se lève. (. A Yvonne.') La comédie est terminée... Rassurez-vous, Yvonne, et vous, mon cher chevalier : le contrat que nous avons signé ce matin avait un défaut de forme, et je le déchire pour en faire un autre.

LE CHEVALIER

Eh quoi! mon cher oncle, vous vous êtes joué de nous?

LE BUC

Afin de te forcer d’être heureux... Tu ne voulais pas y arriver par la grande route , je t’ai fait prendre un chemin de traverse.

YVONNE

Quoi! mon cher tuteur, vous n’êtes point mon mari?

LE DUC

Non , ma chère pupille.

YVONNE

Oh! que vous êtes gentil et que je vous aime de bon eœur... si le chevalier le permet?

LE CHEVALIER

C’est le moins que je puisse faire pour tout le bonheur que mon oncle me donne.

LE DUC

Cette épreuve m’a servi doublement. D’abord, j’assure votre bonheur a tous deux; ensuite, je suis entièrement guéri de quelques velléités de mariage que j’avais eues. Au train dont tu mènes les choses, chevalier, j’aime mieux me donner une nièce que te donner une grandtante !

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