‹ Théâtre des salonsChapitre 60 sur 76 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE MARQUIS

Ahl... tout cela ne me convient pas. Cette vie m’ennuie. Marié depuis trois mois et en être a me cacher comme un séducteur! voler mon bonheur comme un coupable, un bonheur que j’ai le droit de prendre! acheter par mille cachoteries un moment de causerie avec cette femme qui est la mienne!... J’ai pu me plier, comme cela se fait toujours, à son petit caprice de jolie femme, de veuve ennuyée par son premier mari : cela avait du reste de l’originalité , du piquant, pendant une quinzaine. Mais si cela continuait, j’aimerais mieux partir, reprendre du service, que de subir ce supplice de Tantale. , . Ou aller chez moi , a la campagne , attendre , en plantant des choux, des vrais et innocents choux, que l’ennui la prît et me l’amenât : car elle m’aime... C’est de l’exagération de femme... Ah! les femmes, elles ont toutes le sentiment de ce qui devrait

être , et aucune ne sait se servir avec mesure et raisonnablement de cet admirable instinct dont elles sont douées ! C’eût été ridicule de l’empêcher d’aller trouver ce fat de secrétaire, qui ne cesse de voltiger autour d’elle aux réceptions du ministère, mais c’est ennuyeux de penser qu’elle est là à causer avec 1 ui , à faire des grâces , comme quand on veut obtenir ce qu’on demande. Peuh ! après cela, il est si laid !... un grand corps sans tête... un véritable 1 sans point... C’est vrai, sa tête est imperceptible... quand il entre, on est toujours tenté de croire qu’il l’a laissée dans son chapeau. — Ah! voilà les cousines ! je vais m’amuser un peu à faire le pendant de Clémence, qui est à minauder ses cajoleries de solliciteur.

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