‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessiné (volume 3)Chapitre 29 sur 74 · LE BARON DE ROCLOR · texte numérisé non relu

LE BARON DE ROCLOR

Le déjeuner qu'il vient de nous offrir n*cst pas un déjeuner (murmures) ; c'est un poème!

TOUS. — Oui! oui! c'est un poème ! c'est deux poèmes! A Saint-Jules!

SAINT- JULES, se. levant, — Messieurs...

Deux mois et demi après.

11. BouLAKoo, à Engoulevent. — Voyons, mon futur gendre, il faudrait pourtant en finir. Est-ce que ma fille Anna ne vous convient plus? Est-ce que vos sentiments pour elle ne seraient plus les mêmes? Répondez , je veux que vous vous expliquiez franchement.

ENGOULEVENT. — MoU

cher monsieur Boulando, j'aime, j'adore votre charmante demoiselle; el mon plus vif souhait est de l'épouser, v. BOiiLvNDo. — Eh bien!

THKATRK hV FIGARO

TOCS. — Silence !

sàiht-joles. — Messieurs et chei*s amis, vous me voyez ému jusqu'aux larmes de ces précieuses marques de sympathie. Il est doux, aux heures déc'sives, de se sentir ainsi enviroimé... Un de mes meilleurs et de mes plus anciens camarades de collège, M. de Roclor, vient, avec une bienveillance exagérée, de qualifier ce modeste déjeuner de poème. Peut-être n'élait-cc pas poème qu'il convenait de dire, mais élégie. Ce banquet représente en effet mes adieux à la vie, et je vous, remercie d'avoir bien voulu y assister... ô mes amis, mes bons amis!... la reconnaissance me déborde. — Nous allons passer au café.

TOUS. — A Saint-Jules !

quand signons-nous le contrat? '

EMGOOLEVEKT. — LaisSCZ-

moi encore quelques jours.

M. BOGLAKDo. — Mais, sabre de bois ! je vous en ai déjà assez accordé, je crois. Vous savez combien j'ai hâte de me retirer dans le Cateau-Cambrésis, ma province natale. Signons.

EiNGOULEVEiNT. — Il nC mC

reste plus que quelques petites affaiivs à lerminer.

M. BOULA.NDO. — YOUS mC

promenez depuis trop longtemps. Ceci n'est pas naturel, mon gendre. ^

EKGOOLEVEKT, à paVt,

Je ne peux cependant pas me marier la veille de mon duel !

Tr.is mois aprè«.

SAIKT-JOLES, Seill. — MOH

duel ! — C'est demain qu'expire le délai que m'a accordé mon adversaire.

Me voici arrivé sur ce seuil Icrrible... To be or not to be .. Galon d'Utique... je sais bien... le thème est beau et peut fournir encore d'intéressantes amplificatior.s. Mais je préfère m'exercer une dernière fois et tirer au mur. — Mes témoins sont en route pour aller trouver ceux d'Engoulevent Encore un ou deux tours de soleil, et mon destin sera décidé. — Une, deux! une, deux! bon! Gàtechair applaudirait à cette botte. — Jelehais, cet Engoulevent!

je voudrais lui arracher le cœar de sa poitrine de spadassin et le dévorer sans assaisonnement ! —

Trois mois après.

EKCODLEVEKT, SeilL —

Mon duel ! — C'est demain qu'expire le délai demandé par mon adversaire, et je n'ai encore reçu aucune de ses nouvelles. Voudraitil se dérober à ma juste vengeance? — Eh bien!

ma foi, il ferait sagement!

et, cela di\t-il paraître bizarre, je ne courrais pas après lui. Non! On a raison de dire que le trmf s guérit tout; je n'en veux presque plus à ce garçon de sa paire de giffles. Estce parce que trois mois ont passé par là-dessus?

Est-ce parce que me voilà riche et heureux? Je no sais; mais je me sens singulièrement porté vers l'indulgence. — Il aura été cacher sa honte à l'élranger, très -probablement; c'est ce qu'il avait de

Entretenons ma haine; figurons -nous que cette muraille est le torse immonde d'Engoulevent. — A toi, Engoulevent ! tiens, à la gorge ! tiens, au ven- ( rc ! tiens, à la cuisse! tiens, au bras! Meurs, Engoulevent! Purgeons la terre d'Engoulevent! Encore ce coup, vile engeance! et celui ci, scélérat! et cet autre, dzag! dzag! dzag!

— Ilourrah ! — 11 respire encore; achevons-le; pas de pitié pour Engoulevent!

A sac ! à sac ! hue ! ouf!

plus sensé à faire. Allons, tout est pour le mieux. J*ai beau être brave comme Roland, la perspective continuelle de ce duel m'agaçait plus que je ne saurais Tavouer. J*y pensais malgré moi. Cela m'empêchait dans mes résolutions et dans mes projets; car enfin on a vu des maladroits se tirer trèsbien d'affaire sur le terrain... — Mas j'en suis débarrassé, puisqu'il eut parti, car il doit être parti, le polisson !

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