ÉCHANGE DE LETTRES
ENGOULEVENT, scuL — Décidément, c'est un homme sérieux ; il m'annonce que ses témoins sont à la disposition des miens. Répondons-lui. — Peut-ô re comprendra-t-il.
« Yal-du-Paradis, 30 juin 1859
« Monsieur,
(1 Je vous écris de la campagne de mon futur beaupère, où une affaire des plus imporlantes va nécessiter mon séjour pendant quelque temps. C'est vous faire entendre qu'à mon tour j'ai besoin d'un mois. Peut-être ne serez-vous pas fâché de ce nouveau délai.
« Recevez, monsieur, mes salulaîions.
« Engoulevent. »
DE SAINT-JULES A Er^GOULEVENT.
« Paris, 30 juillet 1859.
« Monsieur,
(( Le délai que vous m*avez demandé, ou plutôt que vous avez pris, finit aujourd'hui. Je suis à vos ordres.
« J'ai l'honneur de vous saluer.
« Saint-Jules. »
d'engoulevent a SAINT-JULES.
« Val-du-Paradis, 2 août 1859.
« Monsieur,
« J'ai quarante ans, une réputation de bravoure à l'abri de tout soupçon ; Grisier me fait l'honneur de
me compter parmi ses élèves de premier ordre ; sur les sept ou huit rencontres que je n'ai pu éviter dans ma \ie, trois ont eu une issue funeste pour mes adversaires. C'est vous dire que je suis placé de manière à ne pas redouter un nouveau duel, surtout dans les conditions exceptionnelles où se présente celui-ci. — Eh bien! monsieur, malgré la gravité de Toffense que j*ai reçue de vous, je renonce à la salisfaclion que je vous en avais fait demander primilivement. Je consens à oubher un acte que votre raison a dû condamner et qui, d'ailleurs, a déjà reçu un commencement d'expiation dans les quatre mois de noviciat, infailliblement mêlé d'appréhensions, que vous venez de passer.
« J*espére, monsieur, que vouis apprécierez à sa véritable valeur une résolution que je n'ai adoptée qu après les réflexions les plus sérieuses, basées principalement sur les devoirs de tout homme d'honneur envers la société et envers la morale.
(( Agréez, monsieur, toutes mes salutations.
« Engoui.evem. »
DE SÂI.NT-JULES A EKGOULEVEKT.
« Paris, 3 août 185 J.
« Monsieur, « Je ne me méprends pas sur le sentiment fort honorable, à votre point de vue, qui a diclé voire lettre. Vais il m'est impossible d'en accepter les conclusions,
VOUS le comprendrez facilement. H importe à noire dignité commune que cette affaire ait son cours naturel. Vous voulez m'épargner, cela est visible. Rassurezvous, monsieur, j'ai mis à profit, autant que possible, chez Gâlechair, le laps de temps que je dois à voire condescendance; et quelle que soit votre supériorité, J*ai la hardiesse de croire que vous ne vous trouverez pas en présence d'un adversaire trop indigne de vous.
« Mes témoins demeurent donc, plus que jamais, à la disposition des vôtres.
« Je vous prie, monsieur, de recevoir Texpression de ma considération parfaite.
« Saikt-Joles »
d'engoulevert a saint- jui es.
« Val-du-Paradis, 6 août 18 9.
« Monsieur, « Vous m'avez fait manquer un mariage superbe. Vous m'avez empêché de tripler mes capitaux. Je ne vous demande plus rien. Je garde mes deux giflles. Laissez-moi tranquille.
a ElfG0ULEV£KT. »