‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessinéChapitre 29 sur 116 · PAYS D£ LA PROBITÉ · texte numérisé non relu

PAYS D£ LA PROBITÉ

Youlez-Toua que nous désignions par le nom de Coliikor l'artiste ^ntemporain, le musicien charmant» qui est le héros des faits que nous allons essayer de raconter dans une langue indulgente? Colifleur ne tous choque» t-il point? Préférez-Tous un autre pseudonyme? il en est temps encore.

Bon Colifleur! C'était, à l'époque où se passe cette aventure, — mettons douze ans, pour avoir du champ, — l'exemple de toutes les pauvretés et le modèle de tous les enjouements. Il demeurait rue de Suresnes, une rue tranquille du beau quartier de la Madeleine; il y demeurait avec une fonme qui était sa femme légitime, car il

avait toujours été trop pauvre pour avoir une mai* tresse. Tout au plus s'il avait eu quelquefois les maîtresses des autres.

ColîAeur avait vécu cependant, dans l'acception la plus parisienne de ce mot, et il continuait de vivre, le nez tourné au vent, comme un garçon facile. Il ne résistait pas à une invitation à diner; il ne savait pas tenir contre un bras passé sous le sien et poussé vers le seuil du restaurant Bignon ou du Cabaret d'or. La Dorine de Molière aurait dit à ce propos qu'il était « tendre à la tentation, t En cela consistait son seul défaut; il est vrai que ce défaut engagea toute son existence.

La femme de Colifleur était elle-même une aimable et douce personne, d'une jeunesse qui ^i tenait lieu de beauté, avec ce qu'il faut pour bien faire aller unetnaisony comme on dit en bourgeoisie : l'œil à tout, les pieds agiles, ni trop ni trop peu d'esprit. Où et dans quelles circonstances Colifleur l'avait-il connue? C'est une autre histoire, et il n'est pas absolument nécessaire de la retra^ ceren ce moment. Qu'il suffise au lecteur d'apprendre que Colifleur et sa femme s'aimaient de bon coeur, sans autres orages que ceux qui s'élèvent dans tous les intérieurs au sujet d'un bouton d'habit arraché ou d'une guêpe trouvée dans la salade. «* Enfin, rien n'aurait manqué à leur bonheur, s'ils n'avaient eu un billet à payer le 15 septembre.

Ah! ce billet! — 11 était de quatre cent cinquante francs ; une somme énorme, terrible pour un musicien.

Depuis un mois, l'un et Fautre ne faisaient qu'en rêver; ik comptaient les jours qui les séparaient de Téchèance; ils se regardaient en soupirant et en baissant la tète; car ce n'était pas le premier billet venu, un de ces billets qu'on renouvelle en se jouant ou même en donnant un à-compte; non, il s'agissait d'un billet importanty sacré, souscrit à un ami, à un véritable ami. Ne pas payer ce billet, c'était se perdre et perdre l'avenir. Trop de papier timbré, trop de cartes d'huissier, trop de garçons de banque renvoyés les mains vides, avaient déjà ébranlé leur considération dans la maison qa'ils habitaient. Le péril était imminent; ils le comprenaient tous deux.

n y eut au dernier moment des efTorts inouïs de la part de Colifleur. On le vit proposer des romances à tous les éditeurs de Paris; il descendit jusqu'au quadrille de ioâétéj — mais tout cela ne lui rapporta pas quatre cent cinquante francs. De son côté, sa femme bouleversa la commode et l'armoire, rassembla ses dentelles, netr ioya ses bijoux avec une petite brosse, et gravit furtivement le mont^de^piété, le mont horrible! — mais tout cela ne leur rapporta pas quatre cent cinquante francs.

La veille du 15, ils n'avaient réuni que la moitié de la somme, et ils commençaient à désespérer du reste. Un ami tombe chez eui, un artiste, une manière de peintre. H va à la cheminée, plonge sa main dans le pot à UAiac, roule une cigarette; ensuite il fait le tour de la chambre ; il s'arrête :

— Tu as là dtnix belles gravures, dit-il, Colifleur ne Teniend point.

— De qui te viennent-elles, sais-tu?

— Je ne sais pas, répond maussadement Colifleur.

— Elles valent bien cent francs chaque. Colifleur le regarde d'un air hébété, et muramre ;

— Qui? quoi? que dis-tu? qu'est-ce qui vaut cent francs ici?

— Ces deux gravures.

— Tu en es cerlain?

— A peu prés, répond le peintre.

Colifleur ne fait qu'un bond vers la muraille; il arrache les cadres plutôt qu'il ne les décroche; il sort, il est sorti, il court sur le quai Voltaire; il entre daus une, deux, trois boutiques de marchands de tableaux; c'est deux cent cinquante francs qu'il veut, pas un liard de moins. Des gravures superbes, inestimables, avant la lettre, du fameux je ne sais plus qui l Colifleur est éloquent; un marchand est ébranlé, le marché se conclut. Pourtant Colifleur n'aura son argent que le lende* ma'n soir; mais qu'importe? il l'aura. On dira au por* teur du billet de laisser son adresse, en l'assurant «pie les fonds serarU faits le 16, avant midi. N'est-ce pas ainsi qu'on s'exprime en termes de commerce?

Ces vingt-quatre heures furent bien lentes; mais lors* que CoUfleur et sa femme se virent en présence de leurs quatre cent cinquante francs bien comptés et bien ti*i* bûchants, leurs cœurs ployèrent sous la joie.

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— Oière Lucîle!

— CherColifleurl

Un quart d'heure se passa ainsi. Il fallut causer raison, à la fin.

— Voyons : quel est le nom de l'endosseur de notre billet, et où demeure-t-il? demanda Colifleur.

— G^est H. Toumemine, place de la Bastille» 2 ; 9 a bien recommandé d'être chez lui avant midi.

— J'irai à neuf heures.

— Si tu veux, nous irons ensemble, dit Lucile en batssanl la tête.

— Pourquoi? Tu as donc de la défiance? Ce n'est pas bien...

— Je serai plus tranquille, mon ami.

— Eh bien ! soit, nous irons ensemble, répondit Colifleur en la baisant sur ses bandeaux.

Ib eurent cette nuit-là de grands et beaux rêves; des ailes de nouvelles couleurs s'ajusterait à leurs corps transfigurés et les transportèrent dans un pays inconnu, ou tous les haUtants avaient des voix d'argent et des sourires d'or. C'était le paradis des honnêtes débiteurs, et sur leurs fronts orgueilleusement levés on lisait cette inscription flamboyante : — Four acquU !

Le lendemain, bras dessus bras dessous, Colîfleur et sa femme sortaient de la rue de Suresnes et se dirigeaient vers les boulevards. Le temps était déKdeux, et le marché aux bouquets de la Madeleine ajoutait ses parAims aux enchantements de celte matinée.

Cependant Lucile dit à Colifleur :

-^ Prenons Tonmibus.

Hais il lui répondit :

— Es-tu folle? avec le soleil qu'il fait !

— C'est bien loin, la Bastille! ajouta-t-elle.

— Tu as raison, mais Tomnibus est impossible ; il s'arrête dix-huit cents fois, et puis on y étouffe, on y a les pieds écrasés. Si tu crains la fatigue, prenons plutôt une voiture découverte.

— Oh ! non, c'est trop cher f s'écria Lucile ; marchons.

— Marchons, répéta CoUfleur.

Et les voilà en route sur le grand chemin de l'honnêteté, ce chemin qui n'en finit pas, où les onuiibussontsi lents et où les calèches coûtent si cher. Que le ciel les protège, comme il en a protégé tant d'autres qui n'avaient peul-étre pas leur bon vouloir!

Ils avaient mis les quatre cent cinquante francs dans

un sac, le sac traditionnel, et chacun mettait son orgueil à le porter. Quelquefois Colifleur, s* arrêtant, disait :

— Yoilà assez longtemps que tu as le sac; passe-lemoi.

— Non, répondait-elle, cela te fetîguerait.

— Mais cela te fatigue bien davantage, toi...

Les passants les regardaient en souriant; mais eux, tout entiers à leur sac, ils ne regardaient pas les passants.

Force leur fut cependant de s'arrêter tout à coup devant deux longs bras tendus et précédant un visage épanoui, qui leur cria :

— - Tas de millionnaires!

C'était un parent de Lucile, un de ces individus qui ne sont bons à rien, parce qu'ils ne sont bons qu*â la joie. A quelque heure du jour ou de la nuit que celui-ci vous accostât, il vous disait :

— Allons prendre quelque chose.

Il ne manqua pas sa phrase auprès de Colifleur.

— Ma foi .. répondit celui-ci.

Lucile lui serra le bras.

— 11 fait si chaud ! objecta Colifleur avec Vacceut suppliant de la faiblesse; cela nous reposera.

— Allons prendre quelque chose, répéta le parent en jes entraînant vers un café.

Ce quelque chose fut du madère, et puis encore du madère, car Colifleur ne voulut pas demeurer en reste de politesse auprès du parent de sa femme. Le madère

vidé) il se trouva que les appétits étaient singulièremeat éveillés.

— Eb bien ! déjeunons, dit le parent.

— Au fait... ditColifleur.

Mais Lucile s'était levée précipitamment.

— Tu sais que c est impossible.

— Pourtant, chère amie, répondit Colifleury tu n'as pris que ton chocolat avant de sortir.

— Mais le billet!

— C'est juste, dit Colifleur en soupirant, et en se levant aussi.

Seul le parent ne bougeait pas.

— - Vous allez payer un billet? leur demanda4*il.

— Oui, répondit vivement Lucile.

— Vous avez bien le temps ; il n'est pas encore dix heures.

— Oh ! vous vous trompez, il est dix heures et vingt minutes ! dit-eUe en désignant la pendule de Télablissement.

— Elle retarde; d'ailleurs, n'avez-vous pas jusqu'à midi?

— C'est vrai, dit Colifleur en se tournant vers Lucile.

— Restez, je vous invite! ajouta le parent, qui parlait peu, mais qui parlait bien.

Lucile fit un signe négatif; mais Colifleur avait déj& repris possession de son siège.

— Au moins, rien qu'une côtelette, dit-elle en se résignant.

— Et des œufs au jus, dit CoKfleur.

— Et un poisson, dit le parent.

Le parent avait oublié sa bourse. 11 ne s'en aperçut qu'au moment où on lui présenta l'addition. Comme il avait Touhi faire bien les choses, le total se hissait à un chiflire assez élevé. Le pauvre homme tomba d'abord en confusion, ce qui est la meilleure méthode de choir sans se blesser; ensuite il parla de courir chez lui, mais il habitait rue de la Comète, au Gros-Caillou. Le plus court était po>or Colifleur de payer. — On dénoua le sac avec lenteur, on y prit une cinquantaine de francs et l'on par* tit, désolé d'avoir accepté quelque chose.

Lndle épargna à Colifleur les habituels : i Je te l'avais bien diti i Mais Colifleur, honteux de sa faute, crut de son devoir de mettre en avant les consolations que voici :

— Brandus, mon éditeur, qui demeure à deux pas, sur le boulevard des Italiens, où nous allons arriver, ne réinséra pas de me prêter cinquante francs. Certainement, il ne me les rdhsera pas.

— Tu es déjà bien en avance avec hii, se contenta de dire Lucile.

— J'alléguerai l'accident imprévu dont nous venons

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d'êlre les victimes. Va, rien n est encore désespéré.

— Serons-nous chez M. Toumemine avant midi?

— Évidemment; dans tous les cas, il nous accordera bien le quart dlieure de grâce.

— Voici le magasin de M. Brandus, dit-elle.

— Oui : donne-moi le sac.

— Pourquoi ne veux-tu pas que je le garde? demanda Ludle, surprise.

— Tu ne comprends donc pas que c est pour domier à mon récit toute la vérité possible? Si on me voit avec quatre cents francs, on ne pourra jamais m'en reftiscr cinquante.

— Hais, reprit Lucile sans lâcher le sac, je puis entrer avec toi.

— Non ; une femme est toujours de trop dans ces sortes d'affaires ; elle empêche l'intimité, elle arrête Texpansion. Va m'attendre dans le passage des Panoramas; je n'ai pas besoin de te dire que je t'y rejoins surle-champ.

— Ah! nous eussions mieux fait de prendre Tonuiibus! murmura Lucile.

Colifleur entra chez M. Brandus.

L'éditeur de musique était en conversation importante dans son cabinet. Il fit prier GoUfleur d'attendre. Colifleur avait le teint allumé par Texcellent déjeûner qu'il venait de payer au parent de sa femme. Aussi n'aperçût-il pas tout d'abord un jeune homme ti'ès-pâle, qui se préparait â sortir du magasin.

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Ce jeune homme vint à lui.

— Tiens! c'est Adolphe, dit Colifleur; bonjour, Adolphe.

— Adieu ! fit le jeune homme en lui serrant convul- ^vement la main.

— Comment ! adieu ? répéta Colifleur, surpris de l'air qui accompagnait ces paroles; où vas-tu?

— Me noyer! répondit le jeune homme en gagnanl la porte...

— Es-tu fou? s écria Colifleur, le retenant par le bras, te noyer!

— Puisqu'il ne me reste plus aucune ressource ! puisque ma femme et mon enfant sont sans pain! puisque, avant une heure, toul ce qui est dans mon misérable galetas sera saisi !

— Est-ce possible?

— Ce sont là des motifs, je crois, continua le jeune homme avec une fièvre croissante; oh! je ne me tue pas pour des futilités, sois tranquille. Adieu!

Colifleur dénoua son sac.

— Tu es resté bien longtemps, dit Lucile à Colifleur,

en le voyant revenir, une demi-heure après, dans le

passage r!es Panoramas.

Colifleur ne répondît pas.

^ T'a4-on donné de l'argent chez H. Brandus? demanda-t-elle.

— Aa contraire ! dit Colifleur.

— Te moqueMu?

— C'est à présent cent cinquante francs qui nous manquent pour payer notre billet.

Et, la ramenant sur le boulevard, il lui raconta tout. Lucile avait trop bon cœur pour le réprimander d'une généreuse action, si intempestive qu'elle fût.

— J'aurais agi comme toi, sans doute, lui dit-elle; n'en parlons plus. Mais comment allons-nous faire?

— Si encore nous connaissions ce H. Toumemine? si nous savions quelle espèce d'honmie c'est? murmura Colifleur. Exerce-t-il une profession?

— Je l'ignore.

— C'est embarrassant.

— N'importe ! dit Lucile; je crois que ce qu'il y a de plus simple et de plus convenable» c'est de lui porter nos trois cents francs et de lui proposer un renouvellement pour le reste. De la sorte, nous aurons fait au moins acte de bonne volonté, et nous n'aurons rien à nous reprocher, quoi qu'il arrive.

— Quoi qu'il arrive, répéta CoUfleur.

On était alors à la hauteur du boulevard Bonne- Nouvelle.

— La jolie étoffe ! dit Lucile.

— Oui, c*e8t assez coquel, dit Colifleur ea s'arrétant avec sa femme devant ui magasin de nouveautés.

— Et comme elle m'irait bien !

— Penses-tu que j'en doute ?

Lucile tourna vers lui un regard plein de supplications.

— Écoute, Colifleur, il y a dix mois que tu me promets une robe; eh bien ! voilà celle qu'il me faut.

— Nais Toumeoiine ?. . .

— Tournemine se contentera de deux cents francs, puisque nous avons tant fait que de rogner sa part.

C'était au tour de Colifleur à se soumettre; il ouvrit la porte du magasin.

Bien examinée, maniée et marchandée, la robe fut enveloppée et remise es mains de Lucile.

— Paye, dit-elle en se tournant vers Colifleur et en lui passant la facture.

— Ah ! mon Dieu ! je n'ai plus le sac ! s'écria-t-il.

— Est-ce possible ?

— Je Faurai laissé chez Brandus !

— Va vite, dit Lucile effrayée.

— Oh ! il n'y a rien à craindre, dit-il à Lucile en se précipitant hors du magasin.

iOO THÉÂTRE DU FIGARO

Le commis de H. Brandus avait mis de côté le sac de Colifleur. On devine de quelle oppression celui-ci fut délivré en le ressaisissant. Dans son transport, il exigea que le commis vint prendre avec luiun verre de punch. Le commis résista... mais, ne se souciant pas d*étre assassiné, il finit par avaler le punch.

Pendant ce temps-là, Lucile, restée chez le marchand de nouveautés, choisissait d'autres éloffes, — pour s'occuper. Elle en avait déjà choisi pour deux louis, lorsque Colifleur revînt.

— Tu ne me gronderas pas, lui dit-elle ; j'avais tant besoin d'un col et d une paire de manches.

— Te gronder I répliqua Colifleur, lorsque moimême... Tiens, regarde! dit-il en écartant son gilet.

Il venait d acheter deux boulons de chemise chez un bijoutier.

— Allons chez Toumemine, à présent! dit Lucile.

— Allons chez Tournemine, dit Colifleur.

— Nous ferions bien cette fois-ci de prendre l'omnibus, afin d'éviter de nouveaux accidents et de nouvelles tentations, ajouta-t-elle en souriant. Veux-tu ?

— Encore ton omnibus? ma foi, non ! j'ai besoin de marcher, de prendre l'air.

TUÉATliE DU FIGARO 101

— Ea eiTef , dit Lucile, tu seiis la liqueur.

— J'aurais mauvaise grâce à le nier, répondit-il; j'avais des remords, je les ai noyés. Et cependant, il y en a encore quelques-uns qui surnagent...

— Tu les enfonceras un aulre jour, dit Lucile en pressant le pas.

Us marchèrent ainsi pendant cinq minutes.

Devant Tescalier qui monte à l'église de Kolre-Daraede-Bonnc-Nouvelle, Coliflcur eut un accès d'attendrisse^ m'^nt.

— Lucile?

-Quoi?

— Examine les lieus où nous sommes; ne (e disent-Us rien?

— Rieo.

— Te souvient-il de notre vieille tanle Hangavcl?de<' manda-t-il à sa femme.

— La tante Mangavel? certainement, mon ami; elle demeurait rue Beauregard, vt elle élait pauvre comme les pieiTes.

— Chère tante ! bonne tante ! excellente tante !

— Qu'est- ce que tu as donc, Colifleur?

— J'ai que je su's un ii grat, et que je ne pense pas assez à ma tanle.

— Il y a six ans qu'eUc est morte, murmura Lucile.

— Qu'importe ! les années n'auraient dû qu'augmenter nos regrets; et si nous sommes dans l'infortune» c'est

à cet oubli que nous le devons. Je vois là^dedans le doigt de notre tante Hangavel.

— Console-toi!

— C'est la tante Mangavel qui nous punit en nous empêchant de payer Tournemine. Il faut apaiser ses mânes, entends-tu?

— Mais comment? dit Lucile qui recommença à s'inquiéter.

— En fondant une messe pour le repos de son âme, dit Colifleur; les fondations pieuses ont de tout temps racheté les grandes fautes.

— Est-ce bien nécessaire? hasarda Lucile.

— S'il est nécessaire d'honorer la cendre de notre tante Mangavel ! (u en doutes? s'écria Colifleur.

— Non, dit-elle; ton motif est trop respectable pour que je me permette une observation. Je voulais seulement dire : est-ce bien cher?

-- Je ne sais pas; mais viens avec moi. ^- Au moins contente-toi d'une messe basse, hii dit lAicile.

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