MON ESTOMAC
FÉEKIB ES FLOSIEOKS TAOLCÀni, AVEC rKOLO€UC
IT £riLo«oe
PROLOeuC le Uiéàtre représente un gastronome, \u intérieurement.
OK VEBBK DB MADÈRE. — Holà! quelqu'uul la maison! N'y a4-il personne?
l'estomac. — Qu'est-ce que c'est? Pourquoi me réveiller en sursaut? Il n'est encore que deux heures de raprà»-midi ; laissez-moi tranquille un moment. (Il bâUle.) konààh\
LE MADÈRE. — Debout, paresscux! Je suis envcyé conunc ambassadeur, pour te prévenir qu'il y aura branlebas ce soir. — Un dîner épique 1 Neuf couverts, le nombre des Muses; trois services, le nombre des (^ces. Il faudra te montrer.
l'estomac. — Encore ! Je n*aurai donc jamais un jour de repos ! Quel maître exigeant ! — C*est que je ne suis pas tout à fait remis du dernier repas du Cercle Grammont Saint-Hubert et du banquet des orphéonistes, à Londres...
LE MADÈRE. — Bah! bah! tu en verras bien d'autres. D'ailleurs, on va t' envoyer quelques apéritifs, pour te préparer. Oh! l'on ne veut pas te prendre en traître. (On entend du bruit à la cantonnade du larynx.) Tiens! justement, voilà que ça commence.
l'estomac. — Déjà!
un BiTTER A LA HAVRAisE. — Bàbord ct tribord ! Cric, crac! Sabot et cuiller à pot!
l'estomac. — Pouali! Quelle est cette nouvelle invention? Ça pue l'acajou.
LE BiTTBR. — Serais-jc par hasard dans l'estomac d'un bourgeois? Mille sabords! Si je le croyais!...
l'estomac. — As-tu fini, marin d'estaminet!
ON VERRE DE VERMOUT. ^ Tu mc reconnaîtras mieux sans doute, moi, car ma réputation est basée sur des mérites réels.
l'estomac, avec amertume, — Encore un joU farceur!
LE VERMOUT. — Parle avec plus de respect du célèbre vermout de Turin.
l'estomac. — La première enseigne que mon maître aperçut à Turin, Tan dernier, rue du Pô, sur la gauche» en venant de la jria3i%a Castello, fut celle-ci : « Vennout de Bordeaux. »
Dit TEBRE d'absirtbb, stovenaïU. — Paix!
l'estomac, épouvanté, — L'absinthe! ! !
L ABsiiiTnB. — Voyons, lout est-il en ordre ici? L*heure svance. A-l*on apprête les appartemenls? A-t-on lavé, drè, frotté, èpousseté? Comment! le ménage n'est pas encore Tait! A quoi pensez-vous donc? Hâtez-vous, vous dis-je. Un coup de balai par ici, un coup de plumeau par là. Que tout soit net et resplendissant!
l'estokac, à part. — Diable! il parait que cela sera grave.
PRERIICR TABLEAU Nèinc décor. — Le gastronome à table. ^ Six heures du soir.
LA BISQUE d'écrbvisses. — Jc suis harmonieuse et fondante. J'ai la suavité dans la force. Vénus m'accueille à ses banquets avec un bienveillant sourire.
l'estomac. — C'est possible, mais tu es diantremeiit épicée.
LA BISQUE d'écrevisses. — La saison est brûlante ; lu as besoin de toniques.
l'cstomac. — Oh ! que de poivre !
ïïn VEBRE DE XÉRÈS. — Voici le remède.
l'estobag. — A la bonne heure! cela se laisse boire, au moins; et, comme dit le poêtç :
lérte des Chefalien n'a rien produit de tel t
LE XÉRÈS. — Tu as de la mémoire.
l'estomac, modestemetU, — Oh! la mémoire de 1 estomac.
LA TRDiTB SAUMOHÉB. — Je viens le rappeler les bords du Rhin, la bonne Allemagne qui aime tant les écus des petits Français.
l'estomac. — Soit; je me sens vraiment dispos, et cette sauce genevoise a de Taccent.
LE FILET A LA ROYALE. — Âlors, quo diras-tu donc de moi? Étudie et savoure
l'estomac. — A boire !
LE VIN DE cuateau-larose. — Préscut! (Le dîner continue.)
DEUxiÉne tableau
Même décor. — Sept bcurcs et demie.
LE ROTI DE CAILLE. — Paye tes dettes I paye tes dettes!
l'estomac — Ah bien ! oui, le moment est heureusement choisi. On n'a que faire de vos conseils, ma mie caillette.
LE Ron DE CAILLE. — Payc tes det!es ! paye les dettes !
L ESTOMAC. — Veux-tu tc taire, oiseau-remords! Tu vas attrister cette agape.
LE CHAMBERTiM. — Attcods, jc vais Ic noyer.
THEATRE DU FIGARO fS5
LBRonDB CAILLE. — Payc... tes... deftes! Paye... {Sa' voix s éteint)
L*ESToiAc. ^ On ne devrait jamais admettre des personnes aussi indiscrètes dans un repas bien ordonnancé.
LE SORBET MOUSSEI^K. — Tu aS HlisOn.
l'estomac. — Aïe ! que ne préviens-lu? Tu es froid comme Louis Huart.
LE MACARONI. — Ne faitcs pas attenzion; ze souis le macaroni; ze ûle, ze coule» ze m'introdouis; presto, Figaro, presto î
L ESTOMAC. — Presto, presto; ce n'est pas une raison pour m'étouffer. — Voyons, mes chers amis, je ne demande pas mieux que de vous Faire bon accueil à tous. C'est convenu. Hais soyez raisonnables aussi. 11 est vi* ^ible qu'il ne me reste plus de [lace, plus du tout.
LES PETITS POIS. — Ou sc scrrcra.
LE lACARoxi. — Ze me contenterai d'oun strapontin.
lE CHAMPAGHE, faisatit SOU entrée en chantant. — Plus on est de foiiSf plus on est de fous, plus on est de fous..,
l'estomac. — Toujours plaisant! Passe pour toi; tu me rajeunis. Et puis tu es le Ruggieri obligé de toute féerie intime.
wî ciiAMPAGRE. — Quc dîrais-tu donc si tu pouvais entendre les drôles de choses qu'on débile là-haul? Ils sont là huit ou neuf gaillards, — dont un avoué, — qui parlent tous à la fois.
l'estomac. — Tu aurais bien dû me rapporter un calembour.
LE CHAMPAGKE. — La mode en est finie; mais je puis te dire le premier couplet de la chanson qu'ils chantaient en chœur.
l'estohac. — Musique de qui?
u BOMBE GLACÉE. — Musiquo dc M. Mangeant, parbleu!
LE CHAMPAGMB. — Ah! Ic jcu dc mots y est.
l'estomac. — Va pour le premier couplet...
LE CHAMPAGNE. — Hum! je commeucc.