‹ Théatre du Figaro. Avec un rideau dessinéChapitre 39 sur 116 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Plus blanche que rherinine blanche , La nappe appelle le banquet; La girandole à chaque branche Concen!re la flamme en bouquet.

Sur la serviette en pyramide Les convives cherchent leurs noms ; L'œil brille, la lèvre est humide...

C'est l'heure où Ton dîne, — dînons!

l'estomac. — Pas mal; mais qui me dira la suite?

UN SECOXD YBBRE DE CHAMPAGNE. — Moi!

Majestueux comme un notaire,

Debout derrière mon fauteuil,

Un garçon dit avec mystère :

— c Monsieur, Saint^E^tèpbe ou Bourgueilf •

Les pieds glacés, l'Aï frissonne.

Honneur aux dieux que nous scr»-ons 1

Demain, je n'y suis pour personne. .

C'est le soir où Ton boit, —> buvons 1

i/esiomâc. — C'est chaud, c'est chaud.

CH TBOisiÈME VERRE DE CHAMPAGNE. — Troisième couplet.

Que tout fariUe et s'épanouisse, Les parfums, les cristaui, les sons I Qu'au bruit de nos coupes s'unisse Le tapage de nos chansons I Que chacun de nous improvise, Fût-ce des vers de mirlitons...

Sîraudin fera la devise.

C'est rheure où l'on chante, — chantons I

fRSTOMAC. — Sacré Champagne, va ! il me met en gog:aette malgré moi.

D.1 QUATRIÈMK VERRE DE CHAMPAGKE. — Quatrième COU-

l'estomac. — Comment! il y en a encore? Oh! diable! LB cHAMPACiiE. — C'est le dernier.

Est-ce Clémentine? est-ce Estelle Qui sur mon épaule s*endort?

h^ESfouxc, interrompant, — II y a donc dos dames... des petites dames, hé! hé!

LE cHAiipAGiiE. — Mais Certainement.

l'estomac. — Farceur!

u ciiAMrAGKE. — Je reprends :

Est-ce Clémentine? est-ce Estelle Qui sur mon épaule s'endort, Laissant pendre un bout de denleUe Dans le Champagne aux perles d'or?

138 TniATRE DU FIGARO

Mon œil» sous le mouTant corsage»

Enlrevoil la neige des monts.

La plus folle, c'est la plus sage...

C'est la nuit où Ton aime, — aimons 1

l'estomac — Ah! bravo! bravo! — Je me laisse entraincr, tant pis. — A bas la politique! — Larifla, fla, fla! larifla! {Le dtner continue,)

TROISIÈME TABLEAU Même décor. — > Neaf heures.

i/estoxac. — Excellent café! arôme pénèlranl! Ma foi» encore une tasse.

LE cocNAc. — A la bonne heure !

l'estomac. — Oh! doucement, doucement! Pas de bain de pied.

LE R11CJI. — Tu as raison; le bain de pied est absurde et incommode.

l'estomac. — Mais qui t'appelle, loi?

'JE RHUM. — Je viens pousser le cognac,

LB cnRAÇAo. — Je viens pousser le rhum.

l'abisette. — Je viens pousser le curaçao.

l'estomac. — Grâce!

le KiRsru. — Ranchez-fus, fus audrcs; ne me regonnaisez-fus boint?

l'estomac, —Cesl le kirsch de la forêt Noire! Je suis joli!

LE IIII5CH. — Exze gue chc fus vais bir?

l'estoiac. — Qu'est-ce qu'il dit?

LE MARASQviK. — 11 demande s'il te fait peur.

l'estomac. — Je le crois bien, pat bleu!

LE KiRsc»i. — Taileiffle !

L KTOMic, au kirscK — Allons, mon bravo, ne vous Qchez point. On ne fait pas d'esclandre ici. Pourquoi diable venez-vous si tard? On ne comptait plus sur ^ous.

LE iiRscH. — Ch'aggzebde vos exguiccs.

l'e5Tohac. — Qu'est-ce qu'il dit?

u CDfiHB DE MENTHE. — Il dit qu'il acccplc vos excuses.

l'estomac. — On croirait qu'ils s'apaisent là-haut. Jo n'entends presque plus rien. C'est gén^eux à eux do me laisser t n instant de répit.

BARGAROLE

Comme ton! cl.angc! Il y a quatorze ou quinze ans, je m'cslimals heureux d'avoir un hareng saur à mon repas du malin, — et à ro*in repas du soir ;

Un hareng saur arrosé d'un claret, qui aurait pu passer facileœcnt pour le Markowski des chèvres. Celait le bon temps, — si Ton Tful.

Aujourd'hui, il me faut des chères bien autrement précieuses, des Yins bien autrement opulents. Comme lout change I

Et quaud même j'aurais consenë une secrète aflcction pour le hareng saur, quand même je ne serais pas encore insensible ain rudesses de l'argenteuil, — liélasl il me serait impossible d'en obtenir de mon maître Réputation oblige.

Mon maître est un des notables d'Obésopolis, la cité de l'embonpoint, il a quotidiennement son couvert mis à toutes les ricbes tables. Sa grandeur l'enchaîne au pavillon d'Armenonville.

Ah ! je suis un estomac bien malheureux I Je regrette quelquefois le temps où je ne mangeais pas mon caut€ni. J'ai la nostalgie de Flicoleaux. — Gomme tout change 1

OUATRIËMC TABLEAU Même décor. — Minuit. — Apparition de quelques flamnies.

l'estomac. ^ Au feu! au feu! à Taîde!

UN tehre de pukch. ^ Tais-toi donc : tu ne vois pas que c'est une plaisanterie.

l'estomac. — Jlne plaisanterie, de l'alcool enflammé!

LE PUKCH. — Eh oui! un pari... Ne dirait-on point que tu n'as jamais assisté à pareille fête?

h*E9toMkCj se tordant. •— Éteignez! éteignez!

LE PUKCH. — Sens-tu Todeiu* de cette poignée de noisettes qu'ils ont jetées dans mes flots?

l'estomac — Bouri'eau!

LE PUNCH, riant. — Ah! ah! ils ont soufflé toutes les bougies; ils ressemblent à des romantiques altai*dés dans un cadre de Louis Boulanger. — Ah ! ah!

l'estomac. — Je me ressentirai longtemps de cette secousse. Par l'ombre du sage magistrat Brillat-Sayarin! je me croyais à l'abri de ces foUes d'adolescent. — Be^pirons.

THEATRE DU FIGAnO 141

1» TEnas DE BiscHOP. — Giou, glou, glou.

l'estomac. — Qu'est-ce que cela encore?

us BiscHOF. — Ne t'occupe de rien, je viens t'assurtT contre Tîncendie.

l'estovac. — Dis-tu vrai? Entre alors, et sois le bien reçQ. Oui, tu apportes avec toi la fraîcheur et le bien» être. (Avec édat.) Hais tu es le vin blanc!

LE BISCHOP, fumchalammenL — Oh! avec un mélange d'ananas et de sucre... tout ce qu'il y a de plus inoffensif.

l'estomac. — Voilà leur étemel refrain! (Abattu,) Faites de moi ce que vous voudrez à présent. Torturez votre victime. Je suis résigné.

cMosoRBEs CANETTES, datis lô loitUaifi. — Est-il devenu phis raisonnable?

LE BISCHOP. — Je crois que oui.

OHE GiioPB d'ale 86 kosardatU, — Allons-y, dans ce cas.

l'estomac, révolté, —De la bière, jamais I

u CHOPE. — Cependant...

l'estomac, au comble de Vexaspéi^atum. — Jamais! en tendez-vous! Tout, mais pas de la bière!

u CBOPE. — Mon petit, c'est de l'excellente aie : Barclay-Perkins tout pur...

l'estomac, beau comme V antique. — Sortez !

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