‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 17 sur 90 · MADAME BOISSY, SOPHIE · texte numérisé non relu

MADAME BOISSY, SOPHIE

MADAME BOISSY

Marie tarde bien à venir. Il me semble qu'elle devrait déjà être rentrée.

SOPHIE

Sois tranquille, petite mère. Bien sûr qu'elle cherche quelque chose de joli pour moi.

MADAME BOISSY

C'est pour toi que je suis pressée, mon amour. Je vois t.i petite figure toute tirée.

SOPHIE

Oh ! ce n'est rien, maman. Je donnerais bien mon souper pour que tu sois mieux portante. Dis donc, maman, sais-tu que c'est drôle que ce soit justement monsieur Duvernet qui soit venu ici quand j'ai crié ? Il a l'air bien bon, pour avoir une femme si méchante.

MADAME BOISSY

Méchante ! Qu'est-ce que tu dis là, ma petite Sophie ? As-tu donc oublié que, quand nous sommes arrivées ici, elle s'est tout de suite intéressée à nous, et que c'est grâce à elle que Marie a trouvé de l'ouvrage?

SOPHIE

Du bel,ouvrage ! Du monde qui ne la paye pas, et qui la reçoit si mal qu'elle revient ici les yeux tout rouges. Elle ne te dit pas cela, à toi ; mais je vois bien, moi, à ses yeux qu'elle a pleuré.

MADAME BOISSY

Sophie, le bon Dieu n'aime pas les petites filles qui sont méchantes, et cela fait de la peine à leur maman de leur entendre dire du mal des gens qu'elles ne connaissent pas.

SOPHIE, confuse.

Pardon , maman ; je ne le ferai plus. Ah ! voilà ma

S0BU1*. (Marie entre lentement, et en pleurant.)

MADAME BOISSY

Mon Dieu! Marie, qu'as-tu, mon enfant? Qu'est-il arrivé ?

SOPHIE

Là, petite mère, qu'est-ce que je te disais?

MARIE

Rien ; pas d'argent. Madame Duvernet était trop pressée. Chez madame Moreau, personne. (Eiie sanglote.)

MADAME BOISSY

Du courage, mon enfant. Nous attendrons bien jusqu'à demain.

MARIE

Demain, c'est Noël. Les jours de fête, c'est un péché de payer ! .

SOPHIE

Et toi, Marie, qui as tant travaillé pour nous ! C'était bien la peine de te fatiguer à tomber !

MARIE

Pauvre petite sœur ! Pauvre chère mère ! Comment allez-vous faire? Ah! Dieu nous a abandonnées. Je voudrais être morte. (Elle tombe sur sa chaise.)

MADAME BOISSY

Reviens à toi, mon enfant, et ne mêle jamais Dieu dans tes désespoirs. Ne t'enlève pas la dernière consolation des malheureux. Qui sait si le secours ne va pas

nous arriver à l'heure où tu l'accuses? (on trappe.) Qui peut

Venir à Cette heure ? Entrez. (Entrent madame Duvernet, madame

Moreau et Lina.)

MADAME DUVERNET, à Marie.

C'est un remords qui me fait monter ici, mon enfant. Un hasard a conduit tout h l'heure monsieur Duvernet chez votre mère, et ce qu'il vient de m'apprendre m'a fait bien cruellement regretter de vous avoir ainsi reçue et renvoyée. Malheureuse enfant, pourquoi ne m'avezvous pas tout dit ?

MARIE

Oh ! madame, jamais je n'aurais osé.

MADAME MOREAU

Moi aussi, j'ai des excuses à vous faire, mademoiselle Marie. Demain matin, j'enverrai chez vous ce que je vous dois.

MADAME DUVERNET, à madame Boissy en lui présentant Lina.

Nous avons arrangé une petite fête pour ma fille, madame. Lui permettez-vous d'emmener votre Sophie pour en jouir avec elle, et nous ferez-vous l'honneur de l'accompagner, ainsi que mademoiselle Marie ?

MADAJ1E BOISSY.

Merci mille fois pour mon enfant, madame. Si mes forces me le permettaient...

M. DUVERXET, entrant.

Bonne nouvelle , madame , bonne nouvelle ! Madame

Duvernet m'a raconté votre histoire. J'ai couru chez l'homme de qui tout dépend. J'ai sa parole; aprèsdemain, le brevet de votre pension sera signé.

MADAME 1501 SS Y, se levant.

Comment vous remercier, monsieur? Ah! ce que vous me dites là me rend à la vie. Sophie, je descends avec toi ; et toi, Marie, si plus tard le désespoir s'approchait encore de toi, rappelle-toi ce proverbe :

A brebis tondue Dieu mesure le vent.

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