‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 19 sur 90 · LE PÈRE ET LA MÈR^E · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET LA MÈR^E

Bonjour, ma chère enfant.

CLARA

Avez-vous une lettre de Julie?

LA MÈRE

Non, ma chère Clara. Cela commence à nous inquiéter. Et chez vous, a-t-on des nouvelles de Lili ?

CLARA

Lili estime petite paresseuse. Elle n'écrit pas. (eiu s'asseoit à la table, et prend son ouvrage. Au père qui continue d'additionner.)

Vous êtes toujours bien occupé, monsieur?

LE PÈRE

Oui, mon enfant; je n'ai plus un moment à moi. (Montrant les deux enfants.) Il y a derrière moi trois méchants personnages qui m'empêchent de penser à me reposer.

LE PETIT FRÈRE

Ce n'est pas moi, au moins, papa, que tu appelles méchant?

LE PÈRE

C'est pour rire, cher petit. "Vous êtes tous de bons enfants que j'aime bien.

FRANÇOISE, accourant, une lettre à la main.

Madame ! madame! voilà une lettre de la chère enfant! Je vous disais bien, ce matin, qu'on en recevrait une aujourd'hui. Puisque j'avais rêvé d'elle cette nuit, cela ne pouvait pas manquer.

LE PÈRE, tendant la main.

Donnez-moi cela, Françoise. Nous allons voir tout de suite ce qu'il y a dedans, (n ouvre ia lettre.)

FRANÇOISE, s'appuyant sur le dossier de la chaise de la mère.

La pauvre chère petite ! Elle ne sait pas l'effet que cela me fait quand je vois son écriture.

LE PÈRE

Françoise, je réclame la parole, (n ut.)

« Mes chers parents,

« Il y a longtemps que je voulais vous écrire ; mais « nous avons tant de devoirs à faire, et si difficiles, que « j'ai à peine le temps de respirer.

LA PETITE SOEUR

Ah! maman! cela me fait déjà peur d'aller plus tard en pension.

LE PÈRE

« Je vous assure que je n'ai pas souvent l'esprit à la « gaieté. Ces demoiselles sont bien mauvaises avec moi, « et me disent toujours des choses désagréables. »

FRANÇOISE

Pauvre cher agneau! Gomment peut-on avoir le cœur de la tourmenter! (Montrant ie poing.) Ah ! si j'étais là !

LE PÈRE

Si l'on interrompt toujours, je vais lire tout bas. « La « petite Lili est bien malade. »

CLARA

Ah ! moil Dieu ! qu'est-ce qu'elle dit là?

LA MÈRE

Calmez-vous, ma chère. Attendez ce qui suit.

LE PÈRE

« La petite Lili est bien malade. Elle est au lit, et je « crois bien que c'est à cause du mauvais temps, car « nous avons des temps affreux, et des maladies partout. »

CLARA

Je suis toute tremblante! Cette pauvre petite est si délicate! Un rien l'abat. 11 faudra qu'on aille la chercher demain.

LE PÈRE

11 ne faut pas vous effrayer si vite, ma chère Clara. S'il y avait du danger, on aurait écrit à vos parents. Voyons, laissez-moi achever ma lettre. — « ... Nous avons « des temps affreux et des malades partout. Moi-même, «je ne me sens pas bien depuis quelques jours, je « suis toute souffrante. Si cela continue, je crois que je « ferai une maladie. » — Dieu nous en préserve! (a u mère.) Il faut partir demain matin, ma chère amie. Nous ne pouvons pas laisser notre enfant dans c?t état-là.

CLARA, à la mère.

C'est cela. J'irai avec vous, et nous ramènerons Lili en même temps.

TXE LETTRE 7)

LE PETIT FRÈRE

Julie va venir ici ! Ah ! quel bonheur!

LA MÈRE

Yeux-tu te taire, malheureux enfant ! Ta pauvre sœur est peut-être malade à l'heure qu'il est.

LE PÈRE

Pourvu au moins qu'on arrive à temps! chère fille! Continuons sa lettre. — « Nous sommes si tracassées! A « chaque instant c'est quelque chose de nouveau. Yoilà « qu'on vient de m' appeler pour aller à la lingerie. Sans « une amie, qui s'est dévouée pour moi, je n'aurais pas « pu vous achever cette lettre. » — Je conçois que tout cela fatigue une enfant qui n'est pas bien portante. — « Il faut « que je vous raconte une histoire. Un homme d'ici « revenait hier de Ribeauvillé. Avant de tourner pour « monter à Zellenberg. . . »

CLARA

Oh ! je connais bien cet endroit-là. Nous y avons passé assez souvent en promenade.

LE PÈRE

«... Pour monter à Zellenberg, il a rencontré une bande « de brigands, qui était sur la route. Ils l'ont pour- « suivi, et il est revenu chez lui tout ensanglanté. Il (( paraît qu'il en a terrassé deux, et les autres ont pris la « fuite. »

LA MÈRE

Mais c'est affreux de "penser que ces enfants auraient pu faire une pareille rencontre !

FRANÇOISE

Une bande de brigands! Qu'est-ce que c'est donc que ce pays-là ?

LE PÈRE

On m'avait tant assuré que c'était un pays sûr! Enfin ! « Pendant que je vous écris, on vient encore de me faire « une injustice. On m'a donné une mauvaise note, juste à « cause de ma lettre, pour vous avoir écrit pendant qu'on « allait à la lingerie, et j'avais envoyé une autre à ma « place. Je suis bien malheureuse ici! »

LA PETITE SOEUR

Oh! la pauvre Julie! Je ne veux plus aller en pension.

LE PÈRE

« Le facteur est venu tout à l'heure, et je n'ai pas en-

« core de lettres. C'est bien vilain à papa de me laisser

« comme cela sans nouvelles. Je me figure toutes sortes

« de choses, et il y a des moments où je crois qu'on ne

« m'aime plus. Écrivez-moi bien vite, car je n'ai plus de

« repos.

« Votre fille pour la vie,

« Julie. »

LA MÈRE

Tu vois, mon ami, que cette pauvre fille est tourmentée

de notre silence.

LE PÈRE , affecté.

Julie est injuste

si elle croit que je l'oublie.

Elle ne sait

pas tout ce que j'ai à faire. Voilà une lettre

qui me fait

bien de la peine ! (

Montrant son livre.) J'ai enC01*e

à travailler

là-dessus jusqu'à

passé minuit; mais après

cela je lui

écrirai, (n tousse.)

LA MÈRE

Passé minuit! avec ton rhume! Tu veux donc te rendre

malade ? D'ailleui

s, c'est inutile maintenant, puisque

j'irai demain.

CLARA

, serrant son ouvrage et se levant.

Je vous prie de

m'excuser; mais il faut

que j'aille

prévenir tout de

suite mes parents et leur demander la

permission d'aller

avec vous.

LE PERE, tirant un billot de l'enveloppe.

Attendez, Clara.

Il y a un billet pour vous.

CLARA

Oh ! donnez vite

Elle me parle bien sûr de

ma pauvre

petits sœur. Voyons ce qu'elle dit. (Eiie ut.)

« Ma bonne Clara,

« Je ne veux pas écrire à mes parents sans ajouter un

« petit mot pour vous. 18 me charge de vous faire ses « amitiés. Elle est toujours langoureuse, comme vous « l'avez connue; mais c'est une bonne fille, bien com- « plaisante, et elle vous adore. Lili nous a fait bien rire « ce matin. Vous savez comme elle est gourmande. Elle « a obtenu qu'on lui donne du chocolat à déjeuner, soi- « disant pour son estomac. Quand elle. est venue à table, « il s'est trouvé qu'on avait mis son chocolat dans une « grande, grande tasse ; et naturellement il n'allait pas « jusqu'au bord. Elle a crié qu'on lui en avait pris, et « elle s'est mise dans une colère si drôle que c'était à se « tenir les côtes. Je crois bien qu'elle aurait voulu jeter le « chocolat; mais il paraît qu'elle avait trop bon appétit. « Moi, qui venais de finir mon café, je lui ai offert de la « débarrasser de son chocolat; mais elle n'a pas voulu. « Adieu, chérie. Je vous embrasse sur toutes vos joues.

« Votre amie qui vous aime,

« Julie. »

Qu'est-ce que cela signifie?

LA MÈRE

Il paraît après tout que Lili n'est pas bien malade.

LE PÈRE

JNi Julie non plus. Elle n'aurait pourtant pas voulu se moquer de nous. Tout cela me fâche plus que je ne le saurais dire. Mesdames, laissez-moi reprendre mes addi-

tions. Nous reparlerons de cela plus tard, (n se remet à

compter. Clara reprend son ouvrage. Moment de silence. Le rideau se ferme.) '

MARIE, entrant.

Eh bien! Julie, vous dormez encore? (eiio u secoue.) Venez donc prendre un peu l'air au jardin.

JULIE, se réveillant tout en pleurs.

Ah ! mon Dieu ! ah î mon Dieu !

MARIE

Qu'avez-vous donc? Est-ce que vous rêviez?

JULIE, lui passant les bras autour du cou.

Ah ! ma bonne Marie, j'ai été bien mauvaise de ne pas vous écouter tout à l'heure. Où avez-vous mis ma lettre?

MARIE

Où vous m'avez dit; mais on peut la reprendre. On n'a pas encore porté les lettres à la poste.

JULIE

Oh! courons bien vite. Je tremble maintenant qu'elle

ne parte, (se tournant vers le public.) Quand on écrit une lettre, on devrait avoir toujours sous les yeux le moment où elle arrivera. (Elles sortent.)

PERSONNAGES

LA PRINCESSE

LE BARON

FRITZ

GRETCHEN, sa filleule.

M. DE HOHENKOPF.

M">» DE HOHENKOPF.

WILHELM1NE, leur fille.

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