‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 22 sur 90 · WILHELMINE · texte numérisé non relu

WILHELMINE

Je ferai tout ce que vous voudrez, mon père. Je suis si heureuse! On dit la princesse si bonne! Et puis, quel honneur pour nous !

LA COMTESSE

Il ne faut pas vous exagérer cet honneur-là, ma fille. Nous la valons bien.

LE COMTE

Les Hohenkopf valent tous les princes du monde.

LA COMTESSE, à Wilhelmine.

Venez vous asseoir avec moi sur ce banc. C'est là que la princesse doit nous rejoindre. (Eiies s'asseyent. Le comte

s'appuie sur le banc. Entre la princesse, habillée en paysanne.) LA PRINCESSE, à part.

La vus de ce banc, où je suis venue tant de fois m'asseoir avec ma mère, me fait battre le cœur. Banc chéri,

j'ai pensé à toi bien SOUVent! (S'avançant vers Wilhelmine. A

part.) Sa figure me revient assez, (a wuheimine.) Voulez-vous me permettre de m'asseoir à côté de vous, mademoiselle?

LA COMTESSE, se levant et se mettant entre elles.

Vous vous serez trompée de porte, chère petite. Ce n'est pas ici un endroit pour vous.

LA PRINCESSE

Excusez-moi, madame, mademoiselle m'a paru si

aimable...

la comtesse.

D'abord on m'appelle madame la comtesse de Hohenkopf, mon enfant. Ensuite, que ma fille soit aimable ou non, cela doit vous être parfaitement indifférent.

LA PRINCESSE

Mais, madame la comtesse...

LA COMTESSE, se fâchant.

Mais, ma petite, vous n'avez pas, je suppose, la prétention d'entrer en conversation réglée avec moi. Allez-vousen d'ici. (Elle s'assied.)

LE C () M T E , s'avançant.

Il faut l'excuser, madame la comtesse. Gela sort de son village. Gela ne doute de rien, (n ia regarde sous ie nez.) C'est qu'elle est vraiment gentille, cette petite. Comment t'ap-

pelle-t-On, la belle? (Il lui prend le menton.)

LA PRINCESSE, reculant indignée.

Monsieur! (Eiie sort.)

LE COMTE, riant aux éclats.

Ah ! parfait ! On n'est pas plus grande clame. Voilà une petite qui ira loin.

LA COMTESSE

C'est inconcevable qu'on soit exposé ici à des rencontres pareilles. Je me plaindrai au baron.

LE COMTE, regardant, à la cantonade.

Il paraît que nous en aurons d'autres. N'est-ce pas cet imbécile de Geldhaus que je vois s'avancer par ici avec madame son épouse?

LA COMTESSE, tournant la tète.

Et leur incomparable Ottilie. Quel supplice!

WILIIELMIN'E.

Je vous assure, ma mère, qu'elle est pleine d'esprit. Je me suis rencontrée cet hiver avec elle aux bals du baron.

LE COMTE

Ce cher baron reçoit une société bien mêlée. On ne pourra bientôt plus aller chez lui.

LA COMTESSE

Cette donzelle d'Ottilie m'est insupportable avec ses

airs distingués, (a wiiheimine.) Je vous défends de lui parler. (Entre la famille Geldhaus.)

CELDHAUS, s'avançant avec empressement vers le comte.

Eh ! c'est ce cher comte ! (n lui prend ta mains.) Je suis ravi de l'heureuse circonstance.

LE COMTE, retirant sa main.

Bonjour, mon cher, bonjour.

MADAME DE CELDIIAUS, faisant une grande révérence à la comtesse.

Madame la comtesse, permettez-moi de vous présenter mes respects.

LA COMTESSE, dédaigneusement.

Mille grâces, ma chère dame.

OTTILIE , allant s'asseoir à côté de Wilhelmine.

Mademoiselle Wilhelmine, je suis bien heureuse. Il y avait si longtemps que j'avais envie de vous revoir!

LA COMTESSE, se levant et faisant lever "Wilhelmine.

On est un peu gêné à trois sur ce banc. Nous vous cédons la place, mesdames. (Eiies sortent.)

LE COMTE

A une autre fois, Geldhaus. Comment diantre avez-vous fait pour entrer ici ? (n sort.)

OTTILIE, se levant.

Eh bien! à la bonne heure, voilà ce qui s'appelle remettre son monde à sa place. J'en suis fâchée pour Wilhelmine, qui est réellement une aimable fille, (a son père.) Mon cher père, vous qui connaissez ces gens-là, comment pouvez-vous vous jeter ainsi à leur tête?

GELDHAUS.

Ton comte de Hohenkopf est un faquin ; mais il me le payera. Je l'attends au renouvellement de ses billets.

MADAME DE GELDHAUS.

Mon Dieu! vous ferez comme la dernière fois. 11 vous invitera à un déjeuner de garçon, et vous serez trop content d'y aller. Et cette comtesse! avez-vous vu quelle boutique de diamants elle a sur la tête? Des gens qui tirent le diable par la queue! si cela ne fait pas pitié!... Je parierais qu'ils sont faux.

GELDHAUS.

C'est ce qui vous trompe, madame. Je les ai déjà eus deux fois en gage. Ils sont vrais. Il y en a pour deux cent mille francs.

MADAME DE GELDHAUS.

Dix mille livres de rente qu'elle promène quatre fois par an dans la rue !

GELDIIAUS.

Oui, dix mille livres pour ce monde-là qui ne sait rien faire. Je ne demanderais pas longtemps, moi, pour en faire vingt mille, et trente mille, et plus encore. J'ai fait mieux que cela... Mais il ne sera pas dit, madame de Geldhaus, qu'on vous aura insultée à mon bras, et qu'il n'en sera rien. Avant six mois, ces diamants-là seront à vous.

MADAME DE GELDHAUS.

Allons donc! Geldhaus, êtes-vous fou? Enterrer deux cent mille francs dans un joujou de poupée ! Je vous le défends bien!

GELDHAUS.

Laissez donc! pour qui me prenez-vous? Aussitôt à moi, je les fais remplacer par une imitation. Les diamants sont connus : je dis partout comment je les ai eus; vous en avez l'honneur, et je garde l'argent.

MADAME DE GELDHAUS.

Ah! mon ami, il n'y a que vous pour avoir de ces idées-là ! (a ottiiie.) Mais, ma chère, c'est bien là, si je ne me trompe, le banc où doit venir s'asseoir Son Altesse. Prenons place, puisque ces nobles dames sont parties.

(Elles s'asseyent. Geldhaus se promène.)

LA PRINCESSE, entrant. (A part.)

Ma première tentative n'a pas été très- heureuse.

Essayons encore. (Eiie s'avance et regarde ottiiie.) La charmante jeune fille ! Ce serait dommage si l'on me renvoyait. (a ottiiie.) Si mademoiselle voulait me permettre de m'asseoir. . .

MADAME DE GELDIIAUS, s'avançant entre elles.

Eh bien! qu'est-ce que c'est que cela? A qui croyezvous parler, paysanne ?

LA PRINCESSE

A une demoiselle qui me paraît bien gentille, madame.

MADAME DE GELDIIAUS.

Je vous demande un peu ce que cela peut vous faire !

LA PRINCESSE

Mais, madame...

MADAME DE GELDIIAUS.

Allez-vous, par hasard, entrer en conversation avec moi? Faites-moi le plaisir de décamper.

GELDIIAUS, s'avançant.

Qu'est-ce que c'est que cette chercheuse d'aventures qui s'introduit clans les jardins réservés de Son Altesse? Il faut l'arrêter, c'est ce qu'il y a de plus simple, (n marche sur ia princesse qui se sauve.) En vérité, on n'est plus en sûreté nulle part.

MADAME DE GELDHAUS.

C'est effrayant de penser que des créatures comme cela se faufilent partout, (mie se rassied.)

GELDHAUS , regardant, à la cantonade.

En voici bien d'une autre! Ce petit Petermann ne s'avise-t-il pas de promener sa respectable moitié sur nos talons !

MADAME DE GELDHAUS, regardant.

Avec mademoiselle Barbara! Cela va être amusant!

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