‹ Théâtre du Petit Château. IllusChapitre 37 sur 90 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME SIMON

Eh bien! Françoise, qu'est-ce que. vous faites donc là?

VIRGINIE

Oh ! maman, ne la gronde pas. Elle me conte la Moitié de Poulet. Je l'en ai bien priée.

Je vous avais déjà défendu, Françoise, de raconter à ma fille ces absurdités.

VIRGINIE

C'est moi, petite mère, qui ai voulu.

MADAME SIMON

Tu as eu tort. Allez à votre ouvrage, Françoise, et ne recommencez plus, je vous en prie. (Françoise sort, a Virginie.) Voyons, ma chère enfant, est-ce que tu n'aurais pas mieux fait de repasser l'histoire de Jeanne d'Arc que' tu n'avais pas l'air de très-bien savoir?

VIRGINIE

Maman, Françoise dit que je n'ai pas besoin d'apprendre ces choses-là.

MADAME SIMON, à part.

Cette maudite Françoise aurait bientôt achevé de me la gâter tout à fait, si je la lui laissais. Voyons, il faut prendre mon courage à deux mains, (a Virginie.) Avance ta chaise, mon enfant, et viens te mettre à côté de moi.

VIRGINIE, avançant sa chaise.

Mon Dieu, maman, comme tu as l'air solennel !

MADAME SIMON

Écoute, Virginie. Tu sais que depuis la mort de ton pauvre père, tu es mon seul bonheur sur la terre. Si je me décide à me séparer de toi, tu dois penser qu'il m'en coûte, et qu'il me faut des raisons bien puissantes.

VIRGINIE, se levant.

Te séparer de moi, maman! qu'est-ce que tu dis là? Est-ce que tu ne m'aimes plus?

MADAME SIMON

Voyons, écoute-moi avec calme, et ne me dis pas de ces choses-là. Cette séparation me fait assez de chagrin, sans que tu viennes y ajouter, (virginie se rassied.) Vois-tu, mon enfant, voilà que tu deviens une grande fille. 11 faut que ton éducation se fasse, et je sens que je ne puis en venir à bout. Je suis seule maintenant pour répondre à tout, et je ne puis pas assez m'occuper de toi. Et puis, je ne sais pas te faire obéir : je t'aime trop.

VIRGINIE , allant se jeter à son cou.

Oh ! maman, quel mal cela peut-il me faire que tu m'aimes trop?

MADAME SIMON , la prenant dans ses bras.

Tu le saurais plus tard, chère enfant, si je n'avais pas de la raison pour nous deux. Sois raisonnable aussi. J'ai bien cherché partout, et j'ai trouvé à la fin une pension où tu seras tout à fait bien. Tu seras à la campagne. Tu auras des petites amies bien gentilles. La maîtresse que tu trouveras là est une très-bonne dame qui t'aimera beaucoup.

VIRGINIE, se serrant contre sa mère.

Je n'ai que faire de son amour; il ne vaudra jamais le tien.

MADAME SIMON

Il ne faut pas dire cela, ma chérie. Pourquoi faire d'avance de l'ingratitude?

VIRGINIE, se redressant.

Mais je ne fais pas d'ingratitude du tout, maman. Je ne veux pas y aller, dans cette pension.

MADAME SIMON

Que je t'entende encore dire : je ne veux pas, vilaine enfant! Tu ne sais donc pas que j'ai déjà écrit à la maîtresse de pension, en la priant de venir te chercher? Je l'attends dans quelques jours.

VIRGINIE

Ah! maman, tu as fait cela sans me rien dire! ce n'est pas bien. Qu'elle vienne si elle veut, cette dame, bien sûr que je ne m'en irai pas avec elle.

FRANÇOISE, entrant.

Madame Sorel demande si madame peut la recevoir.

MADAME SIMON

Ah! mon Dieu! je ne l'attendais pas sitôt. Conduisez-la ici, Françoise. (Françoise sort, a Virginie.) C'est ta maîtresse de pension, Virginie. J'espère que tu vas être gentille.

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