‹ Théâtre du Petit-Château (volume 2)Chapitre 31 sur 147 · DONA LUGREZIA, DON ALPHONSE · texte numérisé non relu

DONA LUGREZIA, DON ALPHONSE

DON ALPHONSE

Que me vonlez-vous, madame ?

DONA LUGREZIA.

Ce que je vous veux , don Alphonse, c'est que je ne yeux pas que ce jeune homme meure.

>^ LUCRÈCE BORGU.

PON ▲LF^ONSE•

U n'y a qu'un instant, tous êtes entrée chex moi comme la tempête, irritée et pleurante; vous vous êtes plainte à moi d'un outrage (ait à vous, vous avez réclamé avec injure et cris la tète du coupable, vous m^avez demandé ma parole ducale qu'il ne sortirait pas d4ci vivant, je vous Tai loyalement octroyée, et maintenant vous ne voulez pas qu'il meure ! — Par Jésus ! madame, •ceci est nouveau.

DONA LUCREZIA

Je ne veux pas que ce jeune homme meure, monsieur le duc!

DON ÀLPHONSB.

Madame, les gentilshommes aussi éprouvés que moi ii'ont pas coutume de laisser leur foi en gage. Vous avez ma parole, il faut que je la retire. J'ù juré que le coupable mourrait, il mourra. Sur mon àme, vous pouvez choisir le genre de mort.

DONA LUCREZIA, d'an air riant et plein de doaceur.

Don Alphonse, don Alphonse, en vérité, nous disons là des foHes, vous et moi. Tenez, c'est vrai^ je suis une femme pleine de déraison. Mon père m'a gâtée ; que voulez-vous ! On a depuis mon enfance obéi à tous mes •caprices. Ce que je voulais il y a un quart d'heure, je ne le veux plus à présent. Vous savez bien, don Alphonse, que j'ai toujours été ainsi. Tenez , asseyez- vous là, près de moi, et causons un peu, tendrement, cordialement, comme mari et femme, comme deux bons amis.

DON ALPHONSE, prenant de son c6té nn air de galanterie.

Dona Lucrezia, vous êtes ma dame, et je suis trop heureux qu'il vous plaise de m'avoir un instant à vos pieds.

(U s*asaied près d'elle.)

DON A LUCREZIA

Comme cela est bon de s'entendre ! Savez-vous bien, Alphonse , que je vous aime encore comme le premier jour de mon mariage, ce jour où vous fîtes une si éblouissante «ntrée à Rome, entre monsieur de Valentinois, mon frère, et monsieur le cardinal Hippolyte d'Esté, le vôtre? J'étais sur le baleon des degrés de Saint-Pierre. Je me rappelle encore votre beau cheval blanc chargé d'orfèvrerie d'or, et Tillustre mine de roi que TOUS aviez dessus I

DON ALPHONSE

Vous étiez vous-même bien belle, madame, et bien rayonnante sous votre dais de brocart d'argent.

D09A LUCREZIA

Oh ! ne me parlez pas de moi, monseigneur, quand je vous parle de vous. 11 est certain que toutes les princesses de TEurope m'envient d'avoir épousé le. meilleur chevalier de la chrétienté. Et moi je vous aime vraiment comme si j'avais dix-huit ans. Vous savez que je vous aime, n'est-ce pas, Alphonse ? Vous n'en doutez jamais, aa moins? Je suis froide quelquefois, et distraite; cela vient de mon caractère, non de mon cœur. Ecoutez, Alphonse^ si Votre Altesse m'en grondait doucement, je me corrigerais bien vite. La bonne chose de s'aimer comme nous faisons 1 Donnez-moi votre main, — embrassezmoi, don Alphonse! —En vérité, j*y songe maintenant, il est bien ridicule qu'un prince et une princesse comme vous et moi, qui sont assis côte à côte sur le plus beau trône ducal qui soit au monde, et qui s'aiment, aient été sur le point de se quereller pour un misérable petit capitaine aventurier vénitien ! Il faut chasser cet homme,

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