A80AKI
Cest quelque enterrement.
JBPPO.
Bavons à la santé de celui qa*on va enterrer.
OUBETTA.
Sarez-Tous s'il n'y en a pas plusieurs ?
JEPPO.
Hé bien I à la santé de tous !
(Ils choquent leart verres.)
AFOSTOLO,
Bravo ! Et continuons de notre côté notre chanson à boire.
TOUS BH CHOBUR.
La tombe est noire, Les ans sont courts, Il faut sans croire Aux sots discours, Très-souvent boire, Aimer toujours 1
VOIX AU DBHORS.
JVo/i mortui laudabunt te, Domine^ neque omnes qui deseei»' dunt in infernum,
BIAPFIO.
Dans la douce Italie Qa*éclaire nn si doux ciel, Tout est joie et folie, Tout est nectar et miel.
Ayons donc k nos fêtes Les fleurs et les beautés, La rose sur nos tètes, La femme à nos côtés !
TOUS
La tombe est noire, etc.
(La grande porte du fond s*onvre.)
L*aaleur ne terminera pas cette note sans engager
iûk LLCRËGC fiORGIA.
ceax des acteurs de promoe qui poulraient être chargés des rôles de sa pièce à étadîer, '«(Hfe «n «M IWcasion, la manière dont Lucrèce JBorgia est représentée à la Porte-Saînt-Martin. L^aateor est heureux de le dire, il n'est pas un rôieidass bob oKVcage qBÎ Jie sait joué avec une intelligence âagnlière. Chaque acteur a la physionomie de son rôle. Chaque pcrsomiage ve pose à son plan. De là un ensemble parfait, quoique mêlé à tout moment de verve et de fantaisie. Le jeu général de la pièce est tout à la fois plein dliarmonîe et plein de relief, deux qualités qui ^'exduent d^ordinaire. Aucun de ces effets criards qui détoimeittidsis^es troupes jeunes, aucune de ces monotonies qui ^languissent les troupes faites. Il n'est pas de troupe à Parïs qui comprenne mieux que celle de la Porte-Saint-Martin 4a mystérieuse loi de perspective suivant laipeUe dbît -se mouvoir et s'étager au théâtre ce ^r«ape de .personnages passionnés ou ironiques qui noue et dénoue un dnune.
Et cet ensemble est d'autant plus frappant dans le «as présent , qu'il y a dans Zmcrèce Borgia certains personnages du second ordre i«présentés à Ja Porte Saint- Martin par des adtev» ifaisoiit 4a ipeesder ordre et qui se tiennent avec une |;ràce,VBie loyiattbéiet un goût parfaits dans le demi-jour de leurs rôles. X.'auteur les en remercie ici.
Parmi ceux-ci, le px^ca ^>i»eBiBat <Mstingué mademoiselle Juliette. On acfKealjgiiènedfo'ewque la princesse Negroni soit un rôle, c'est, «en quelque sorte, une apparition. C'est une %ure belle^ jeune et fatale, qui passe, soulevant aussi son coin du voile sombre qui couvre l'Italie au seizième siècle. Mademoiselle Juliette a jeté sar flfitte figare ira ôoiat eUiaaniÎBiajiie. fille n'Ait«t que
peu de mots à dire, elle y a mis beaucoup de pensée, li ne faut à cette jeune actrice qu'une occasion pour ré* vêler puissamment au public un talent plein d'âme, de passion et de Tenté.
Quant aux deux grands acteurs dont la lutte commence aux premières scènes du drame et ne s'achève qu'à la dernière, l'auteur n'a rien à leur dire qui ne leur soit dit chaque soir d'une manière bien autrement éclatante et sonore par les acclamations dont la foule les salue. M. Frederick a réalisé avec génie le Gennaro que Fauteur avait rêvé. M. Frederick est élégant et familier, il est plein de grandeur et plein de grâce, il est redoutable et doux ; il est enfant et il est homme; il charme et il épouvante; il est modeste, sévère et terrible. Mademoiselle Georges réunit également au degré le plus rare les qualités diverses et quelquefois même opposées que son rôle exige. Elle prend superbement et en reine toutes les attitudes du personnage qu'elle représente. Mère au premier acte, femme au second, grande comédienne dans cette scène de ménage avec le duc de Ferrare où elle est si bien secondée par M. Lockroy, grande tragédienne pendant l'insulte, grande tragédienne pendant la vengeance, grande tragédienne pendant le châtiment, elle passe comme elle veut, et sans effort, du pathétique tendre au pathétique terrible. Elle £ait applaudir et elle fait pleurer. Elle est sublime comme Hécobe et tou* chante comme Desdémona.
FIN Dii ui ^oTe•
Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre : par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses : le vrai saisit l'individu.
Le but du poète dramatique, quel que soit d'ailleurs l'ensemble de ses idées sur Fart, doit donc toujours être, avant tout, de chercher le grand, comme Corneille, ou le vrai, comme Molière; ou, mieux encore, et c'est ici le plus haut isommet où puisse monter le génie, d'atteindre tout à la fois le grand et le vrai, le grand dans ie vrai, le vrai dans le grand, comme Shakspeare.
Car, remarquons-le en passant, il a été donné à Shakspeare, et c'est ce qui fait la souveraineté de son génie, de concilier, d'unir, d'amalgamer sans cesse dans son œuvre ces deux qualités, la vérité et la grandeur, qualités presque opposées, ou tout au moins tellement distinctes, que le défaut de chacune d'elles constitue le contraire de l'autre. L'écueil du vrai, c'est le petit; l'écueil du grand) c'est le faux. Dans tous les ouvrages de Shakspeare, il y a du grand qui est vrai et du vrai qui est grand, A a centre de toutes ses créations, on retrouve