PARTIE I, SCÈNE II
JOSSIUS.
Non ^
Les flots l'ont emporté.
TEUDON.
Swan, as-tu connaissance T>e la prédiction qu'on fit à sa naissance ? '
« Cet enfant, dont le monde un jour suivra les lois, ft Deux fois sera cru mort et revivra deux fois. » / Or la prédiction, qu'on raille ou qu'on oublie, ;
Une première fois semble s'être accomplie.
HERMAÏVN.
Barberousse est l'objet de cent contes.
TEUDOIf,
Je dis Ce que je sais. J'ai vu, vers l'an quatre-vingt dix, / / C (^ A Prague, à l'hôpital, dans une casemate, Un certain Sfrondati, gentilhomme dalmate, Fort vieux, et qu*on disait privé de sa raison. Cet homme racontait tout haut dans sa prison Qu'étant jeune, à cet Âge où tout hasard nous pousse, Chez le grand Frédéric, père de Barberousse, Il était écuyer. Le duc fut consterné De la prédiction faite à son nouveau-né.
De plus, l'enfant croissait pour une double guerre . Gibelin par son père et guelfe par sa mère, Les deux partis pouvaient le réclamer un jour. Le père l'éleva d* abord dans une tour.
Loin de tons les regards, et le tint invisible, Comme pour le cacher au sort le plus possible. Il chercha même encore un autre abri plus tard. D*ane fille très-noble, il avait un bâtard, Qui, né dans la montagne, ignorait que son ]k re
Etait duc de Souabe et comte chef de guerre,
Et ne le connaissait que sous le nom d'Othon.
Le bon duc se cachait de ce fils-là, dit-on,
De peur que le bâtard ne voulût être prince,
Et d'un coin de duché se faire une province.
Le bâtard par sa mère avait, fort près du Rhin,
Un burg dont il était burgrave et suzerain,
Un château de bandit, un nid d^ aigle, un repaire.
L'asile parut bon et sûr au pauvre père.
Il vint voir le burgrave, et, l'ayant embrassé,
Lui confia l'enfant sous un nom supposé.
Lui disant seulement : « Mon fils, voici ton frère. »
Puis il partit. — Au sort nul ne peut se soustraire.
Certes, le duc croyait son fils et son secret
Bien gardés, car l'enfant lui-même s'ignorait. —
Le jeune Barberousse, ainsi, chez le burgrave.
Atteignit ses vingt ans. Or, — ceci devient grave, —
Un jour dans un hallier, au pied d'un roc, au bord
D'un torrent qui baignait les murs du château fort.
Des pâtres qui passaient trouvèrent à Taurore
Deux corps sanglants et nus qui palpitaient encore,
Deux hommes poignardés dans le château sans bruit.
Puis jetés à l'abîme, au torrent, à la nuit.
Et qui n étaient pas morts. Un miracle, vous-dis-je!
Ces deux hommes, que Dieu sauvait par un prodige.
C'était le Barberousse avec son compagnon.
Ce même Sfrondati, qui seul savait son nom.
On les guérit tous deux. Puis, dans un grand mystère,
Sfrondati ramena le jeune homme à son père.
Qui pour paiement fit mettre au cachot Sfrondati.
Le duc garda son fils, c'était le bon parti,
Et n'eut plus qu'une idée, étoufier cette affaire.