‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 178 sur 210 · PARTIE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

PARTIE II, SCÈNE IV

Mais grand cœur, que remplit une grande chimère. Sais-tu, quand je te dis : < Jeune homme, sois mon fils! » Ce que je veux te dire et ce que je te dis ?

Je veux dire....

(A Otliert et à Régina.)

Ecoutez.

.... Que passer sa journée Près d'un pauvre vieillard, face au tombeau tournée, Du matin jusqu'au soir vivre comme en prison, Quand on est belle fille et qu'on est beau garçon, Ce serait odieux, affreux, contre nature.

Si l'on ne pouvait pas, dans cette chambre obscure, Par-dessus le vieillard, qui s'aperçoit du jeu, Se regarder parfois et se sourire un peu.

Je dis que le vieillard en a Tàme attendrie, Que je vois bien qu'on s'aime, — et que je vous marie ?

REGINA , éperdne de joie.

Ciel !

JOB, à Régina.

Je veux achever ta guérison, moi !

OTBERT.

Quoi?

JOB, à Régina.

Ta mère était ma nièce et t'a léguée à moi.

Elle est morte. — Et j'ai vu, comme elle, disparaître, Hélas I sept de mes fils, les plus vaillants peut-être, Georges, mon doux enfant, envolé pour jamais, ^ Et ma dernière femme, et tout ce que j'aimais ! C'est la peine imposée à ceux qui longtemps vivent, De voir sans cesse, ainsi que les mois qui se suivent, Les deuils se succéder de saison en saison, Et les vêtements noirs entrer dans la maison I

— Toi, du moins, sois heureuse ! — Enfants, je vons marie

Uatto te briserait, ma pauvre fleur chérie !

Quand ta mère mourut, je lui dis : c Meurs en paix j

Ta fille est mon enfant ; et, s'il le faut jamais,

Je donnerai mon sang pour elle ! >

RÉGINA

O mon bon père !

JOB

Je l'ai juré!

(A Otbert.)

Toi, fils, va, grandis, fais la guerre.

Tu n'as rien ; mais pour dot je te donne mon fief De Kammerberg, mouvant de ma tour d'Heppenheff . Marche comme ont marché Nemrod, César, Pompée ! J*ai deux mères, vois-tu : ma mère et mon épée. Je suis bâtard d'un comte, et légitime fils De mes exploits. Il faut faire comme je fis«

(A part.)

Hélas I au crime près !

(Haut.)

Mon enfant, sois honnête Et bra\e. Dès longtemps j'arrange dans ma tète Ce mariage-là. Certe, on peut allier Le franc archer Othert à Job, franc chevalier ! Tu t'étais dit : « Toujours je serai, quelle honte! Le chien du vieux lion, le page du vieux comte ; Captif tant qu'il vivra, près de lui ! » — Sur ma foi I Je t'aime, mon enfant, mais pour toi, non pour moi. Oh ! les vieux ne sont pas si méchants qu'on le pense! Voyons, arrangeons tout. Je crains Hatto. Silence I Pas de rupture ici 1 L'on jouerait du couteau*

Page 1