PARTIE II, SCÈNE VI
(il présente son bras à Magnus.)
(Magnus s'Indine, examine attentivement le bras du mendiant,
puis se redresse.)
MAGNUS, aux assistants.
Je déclare ici, la vérité m'y pousse, Que voici l'empereur Frédéric Barberousse
(La stupear est au comble. Le cercle ^'élargit. L'empereur, appuyé su^ . la grande épée, se tourne vers les assistants et promène sur eux des regards terribles.)
l'empereur.
Vous m'entendiez jadis marcher dans ces vallons^ Lorsque l'éperon d'or sonnait à mes talons.
Vous me reconnaissez, burgraves. — C'est le maître. Celui qui subjugua l'Europe, et fit renaître L'Allemagne d^Otlicn, reine au regard serein ; Celui que choisissaient pour juge souverain, Comme bon empereur, comme bon gentilhomme.
Trois rois dans Marsebourg et deux papes dans Rome, Et qui donna, touchant leurs fronts du sceptre d'or, La couronne à Suénon, la tiare à Victor; Celui qui des Hermann renversa le vieux trône ; <Jui vainquit tour à tour, en Thrace et dans Icône, L'empereur Isaac et le Calife Àrslan ; Celui qui, comprimant Gênes, Pise, Milan, Étouffant guerres, cris, fureurs, trahisons viles, Prit dans sa large main l'Italie aux cents villes ; Il est là qui vous parle. Il surgit devant vous !
(Il fait un pas. Tous recalent.)
— J'ai su juger les rois, je sais traquer les loups, — J'ai fait pendre les chefs des sept cités lombardes ; Albert l'Ours m'opposait dix mille hallebardes. Je le brisai ; mes pas sont dans tous les chemins ;
J'ai démembré Henri le Lion de mes mains, Arraché ses duchés, arraché ses provinces, Puis, avec ses débris pai fait quatorze princes ; Enfin, j'ai quarante ans, avec mes doigts d'airain, Pierre à pierre émielté vos donjons dans le Rhin l Vous me reconnaissez, bandits ; je viens vous dire Que j'ai pris en pitié les douleurs de l'empire, Que ja vais vous rayer du nombre des vivants, Et jeter votre cendre infûme aux quatre vents!
(Il se tourne vers les archers.) ^
Vos soldats m'entendront l Ils sont à moi. J'y compte. Ils étaient à la gloire avant d'être à la honte. C'est vous moi qu'ils servaient avant ces temps d'horreur. Et plus d'un se souvient de son vieil empereur, N'est-ue pas, vétérans ? n'est-ce pas, camarades ?
(Aux burgraves.)
Ah ! mécréants 1 félons 1 ravageurs de bourgades ! Ma mort vous fait renaître. Eh bien, touchez, voyez, Entendez ! c'est bien moi !
(Il marche à grands pas an miliea d'eux. Tous s'écartent devant lui.)
Sans doute vous croyez Être des chevaliers I Vous vous dites : « Nous sommes Les fils des grands barons et des grands gentilshommes. Nous les continuons. » Vous les continuez i * Vos pères, toujours fiers, jamais diminués.
Faisaient la grande guerre ; ils se mettaient on marche. Ils enjambaient les ponts dont on leur brisait l'arche, Affrontaient le piquier ainsi que l'escadron^ Faisaient, musique en tète et sonnant du clairon, Face à toute une armée et tenaient la campagne, Et, si haute que fût la tour ou la montagney N'avaient besoin^ pour prendre un château rude et fort,