‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 185 sur 210 · PARTIE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, SCÈNE VI

Qae d'une échelle en bois, pliant sous leur effort, Dressée au pied des murs d'où ruisselait le soufre, Ou d'une corde à nœuds, qui, dans l'ombre du gouffre, Balançait ces guerriers, moins hommes que démons, Et que le vent, la nuit, tordait au flanc des monts ! Blâmait-on ces assauts de nuit, ces capitaines . Déûaient l'empereur, au grand jour, dans les plaines ; Puis attendaient, debout dans l'ombre, un contre vingt. Que le soleil parût çt que Tempereur vint I C'est ainsi qu'ils gagnaient châteaux, villes et terres ; Si bieft qu'il se trouvait qu'après trente ans de guerre. Quand on cherchait des yeux tous ces faiseurs d'exploits, Les petits étaient ducs, et les grands étaient rois 1 Vous, — comme des chacals et comme des orfraies, Cachés dans les taillis et dans les oseraies. Vils, muets, accroupis, un poignard à la main, Dans quelque mare immonde, au bord du grand chemin. D'un chien qui peut passer redoutant les morsures. Vous épiez, le soir, près des routes peu sûres. Le pas d'un voyageur, le grelot d'un mulet!

Vous êtes cent pour prendre un pauvre homme au collet ; Le coup fait, vous fuyez en hâte à vos repaires..., — Et vous osez parler de vos pères I — Vos pères, Hardis parmi les forts, grands parmi les meilleurs, Étaient des conquérants ; vous êtes des voleurs I

(Les burgraves baissent la tête avec une sumbre expression d'abattement, d'indignation et d'épouvante. Il poursuit.)

Si VOUS aviez des cœurs, si vous aviez des âmes. On vous dirait: Vraiment, vous êtes ^op infâmes? Quel moment prenez-vous, l&chement enhardis, Pour faire, vous, barons, ce métier de bandits ? L'heure où notre Allemagne expire 1... Ignominie !

330 LES BUUGRAVES.

Fils méchants, vous pillez la mère à Tagonie I

Elle pleure^ et, levant au ciel ses bras roidis,

Sa voix faible en râlant vous dit : « Soyez maudits ! »

Ce qu elle dit tout bas, je le crie à voix haute.

Je suis votre empereur, je ne suis plus votre hôte.

Soyez maudits ! je rentre en mes droits aujourd'hui.

Et, m'étant châtié, puis châtier autrui.

(Il aperçoit les deux margraves Platon et Gilissa, et mardie droit

à eux.)

Marquis de Moravie et marquis de Lusace,

Vous sur les bords du Rhin 1 est-ce là votre plac^

Tandis que ces bandits vous fêtent en riant,

On entend des chevaux hennir à Torient.

Les hordes du Levant sont aux portes de Vienne.

Aux frontières, messieurs! allez! Qu'il vous souvienne

De Henri le Barbu, d'Ernest le Cuirassé.

Nous gardons le créneau ; vous gardez le fossé !

Allez I

(Apercevant Zoaglio Giannilaro.)

Giannilaro ! ta figure me gène.

Que viens-tu faire ici ? Génois, retourne à Gène !

(Au pendragon de Bretagne.)

Que nous veut sire Uther? Quoi ! des Bretons aussi ! Tous les aventuriers du monde sont ici !

(Aux deux marquis Platon et Gilissa.)

Les margraves paieront cent mille marcs d'amende.

(Au comte Lupus.)

Grande jeunesse, mais perversité plus grande. Tu n'es plus rien! je mets ta ville en liberté.

(Au duc Gerhard.)

La comtesse Isabelle a perdu sa comté ; Le larron, c'est toi, duc ! tu t'en iras à Bâle ;

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