PARTIE II, SCÈNE VI
Nous y convoquerons la chambre impériale, Et là, publiquement, prince, tu marcheras Une lieue en portant un juif entre tes bras.
(Aux soldats.)
Délivrez les captifs ! el, de leurs mains d'esclaves, Qu'ils attachent leur chaîne au cou de ces burgravcs !
(Aax burgraves.)
Ah ! vous n'attendiez point ce réveil, n'est-ce pas ? Vous chantiez, verre en main, l'amour, les longs repas. Vous poussiez de grands cris et vous étiez en joies ; Vous enfonciez gaiement vos ongles dans vos proies ; Vous déchiriez mon peuple, hélas ! qui m'est si cher. Et vous vous partagiez les lambeaux de sa chair ! Tout à coup.... tout à coup, dans l'antre inaccessible. Le vengeur indigné, frissonnant et terrible.
Apparaît ; l'empereur met le pied sur vos tours. Et l'aigle vient s'abattre au milieu des vautours!
(Tous scml)Ieat frappés de consternation et de terreur. Depuis quelques instants Job est entré et s*est mêlé en silence aux chevaliers. Magnus seul a écouté l'empereur sans trt>ublc, et n'a cessé de le regarder fixement pendant qu'il a parlé. Quand Barberousse a fini, Magnus le regarde encore une fois de la tête aux pieds, puis son visage prend une sombre expression de joie et de fureur.)
MAGNUS 9 Tœil Gxé sar l'empereur.
Oui, c'est bien lui l — vivant !
(H écarte d'un geste formidable les soldats et les princes, marche au fond du théâtre, franchit en deux pas le degré de six marches, saisit de ses deux poings les créneaux de la galerie, et crie au deliors d'une voix tonnante : )
Triplez les sentinelles I Les archers au donjon ! les frondeurs aux deux ailes ! Haut le pont ! bas la herse I Armez les mangonneaux ! .Mille hommes au ravin ! mille hommes aux créneaux 1 Soldats, courez au bois, taillez granits et marbres,
332 LES BLRGRAVES.
Prenez les plus grands blocs^ prenez les plus grands arbres, Et sur ce mont, qui jette au monde la terreur, Faites-nous un gibet digne d'un empereur !
(Il redesceud.)
Il s'est livré lui-même. Il est pris !
(Croisant les bras et regardant Pempereur en (ace.)
Je t'admire !
Où sont tes gens ! où sont les fourriers de l'empire? Entendrons-nous bientôt tes trompettes sonner ? Vas- tu, sur ce donjon que tu dois ruiner, Semer, dans les débris où sifiQera la bise, Du sel comme à Lubeck, du chanvre comme à Pise ? Mais quoi I je n'entends rien. Serais-tu seul ici ? Pas d'armée, ô César ! Je sais que c'est ainsi Que tu fais d'ordinaire, et que c'est de la sorte Que, répée à la main, seul, brisant une porte. Criant tout haut ton nom, tu pris Tarse et Cori ; Il t'a suffi d'un pas, il t'a suffi d'un cri Pour forcer Gène, Utrecht, et Rome abâtardie; Iconium plia sous toi ; la Lombardie Trembla quand elle vit, à ton souffle d'enfer. Frissonner dans Milan l'arbre aux feuilles de fer ; Nous savons tout cela; mais sais- tu qui nous sommes?
(Montrant les soldats.)
Je t'écoutais parler tout à Theure à ces hommes^ Leur dire : « Vétérans, camarades 1 Fort bien ! » Pas un n'a bougé, vois. C'est qu ici tu n'es rien : C'est mon père qu'on craint, c'est mon père qu'on aime. l^Ils sont au comte Job avant d'être à Dieu même 1 \ L'hôte seul est sacré, César, pour le bandit. Or tu n'es plus notre hôte, et toi-même l'as dit.