‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 187 sur 210 · PARTIE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, SCÈNE VI

(Moutrant Job.)

•Ecoute, ce vieillard que tu vois, c'est mon père.

C'est lui qui t'a flétri du fer triangulaire,

Et Ton te reconnaît aux marques de Taffront

Mieux qu'à Thuile sacrée effacée à ton front !

La haine entre vous deux est comme vous ancienne.

Tu mis à prix sa tète, il mit à prix la tienne;

Il la tient. Te voilà seul et nu parmi nous.

Fritz de Ilohonstaufen, regarde-nous bien tous !

Plutôt que d'être entré, car vraiment tu me touches.

Dans ce cercle muet de chevaliers farouches,

Darius, Cadwalla, Gorlois, Hatto, Magnus,

Chez le grand comte Job, burgrave du Tannus,

Il vaudrait mieux pour toi, — roi de Bourgogne et d'Arles,

Empereur, qui ne sais pas même à qui tu parles,

Que rien qu'à sa folie on aurait reconmi, —

Il vaudrait mieux, plutôt que d'être ici venu,

Être entré, quand la nuit tend ses voiles funèbres,

Dans quelque antre d'Afrique, et parmi les ténèbre*

Voir soudain des lions et des tigres, ô roi !

Sortir de toutes parts dans Tombre autour de toi.

(Pendant que Magnus a parlé, le cercle des Burgra^es s'est resserré lentement autour de Tempereur. Derrière les Burgraves est venue se ranger silencieusement une triple ligne de soldats armés jusqu'aux dents, au-dessus desquels s'élève la grande Ixinnière du burg, mi* partie rouge et noire, avec une hache d'argent brodée dans le champ en gueule», et cette légende sous lu huche : Monti coma.m, vibo CAPur. L'empereur, sans reculer d'un pas, tient cette foule en resjiect. Tout à coup, quand Magnus a fini, l'un des burgiùves tire son épée.)

CAD WALL A , tirant son épée.

César! César! César! rends-nous nos citadelles !

DARIUS, tirant son épée.

Nos burgSy qui ne sont plus que des nids dMiirondelles (

334 LES BUnCRAVES.

HATTO , tirant son épée .

Rends-nous nos amis morts, qui hantent nos donjons Quand Tâpre vent des nuits pleure à travers les joncs î

MAGNUS , saisissant sa hache.

Ah I tu sors du sépulcre ! eh bien, je t'y repousse, Afin qu'au même instant, — tu comprends, Barberoasse, Où le monde entendra cent voix avec transport Crier : « Il est vivant ! » l'écho dise : « Il est mort ! » — Tremble donc, insensé qui menaçais nos têtes !

(Les bnrgrnves, l'épée haute, pressent Barberousse avec des cris formidables. Job sort de la foule et lève la main. Tous se taisent.)

JOB ) à Tempereur.

Sire, mon fils Magnus vous a dit vrai. Vous êtes

Mon ennemi. C'est moi qui, soldat irrité, j Jadis portai la main sur Votre Majesté.

( Je vous hais. — Mais je veux une Allemagne au monde. .( Mon pays plie et penche en une ombre profonde, /Sàuvez-le ! Moi, je tombe à genoux en ce lieu

Devant mon empereur que ramène mon Dieu !

(II s'agenouille devant Barberousse, i)uis se tourne à demi vers les princes et les burgruves.)

A genoux tous ! — Jetez à terre vos épées !

(Tous jettent leurs épées et se prosternent, excepté Magnus. Job, à genoux, parle à l'empereur. )

Vous êtes nécessaire aux nations frappées; Vods seul ! Sans vous l'État touche aux derniers moments ; Il est en Allemagne encor deux Allemands :

Vous et moi. — Vous et moi, cela suffira, sire. • Régnez.

(Désignant du gçste les assistants.)

Quant à ceux-ci, je les ai laissés dire.

txcusez-les ; ce sont des jeunes gens.

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