PARTIE III, SCENE III. 35i
(Regardant aatour de Ini.)
Mais quoi I l'homme masqué n'est plus là? Ciel! où suis-je? Serait-ce ici? — Déjà I — Je frissonne! un vertige Me prend I
(Apercevant Job.)
Que Yois-je là dans l'ombre ? Oh ! rien ; souvent
(Il se dirige vers Job, dans les ténèbres.)
La nuit nous trompe....
(H pose sa main sur la tète de Job.)
Dieu ! c'est un être vivant !
(Job demeure immobile.)
Ciel ! je me sens glacé par la sueur du crime !
Est-ce ici l'échafaud ? estice là la victime ? —
Triste Fosco, qu'il faut que je frappe aujourd'hui.
Est-ce vous ? répondez. ... — 11 ne dit rien, c'est lui I
— Ohl qui que vous soyez, parlez-moi, je m'abhorre;
Je ne vous en veux pas, j'ignore tout, j'ignore
Pourquoi vous demeurez immobile, et pourquoi
Vous ne vous dressez pasJterrible devant moi I
Je vous suis inconnu comme pour moi vous l'êtes.
Mais sentez- vous qu'au moins mes mains n'étaient pas faîtes
Pour cela? Sentez-vous que je suis l'instrument
D'une affreuse vengeance et d'un noir châtiment ?
Savez-vous qu'un linceul qui traîne en ces ténèbres
Embarrasse mes pieds, pris dans ses plis funèbres?
Dites, connaissez-vous Régina, mon amour,
Cet ange dont le front dans mon cœur fait le jour ?
Elle est là, voyez- vous, d'un suaire vètae,
Morte si je faiblis, vivante si je tue I
— Ayez pitié de moi, vieillard! — Oh! parlez-moi!
Dites que vous voyez mon trouble et mon effroi,
Que vous me pardonnez votre horrible martyre!
Oh! que j'entende au moins votre voix me le dire! Un seul mot de pardon, vieillard î mon cœur se fend 1 Rien qu'un seul mot!
JOB, se levant et jetant son voile.
Otbert! mon Otbert ! mon enfant !
OTBERT.
Sire Job !
JOB , le prenant dans ses bras ayec emportement»
]\on, vers lui tout mon être s'élance!
C'est trop me torturer par cet affreux silence ! Je ne suis qu'un vieillard, faible, en pleurs, terrassé . Je ne peux pas mourir sans l'avoir embrassé ! Viens sur mon cœur !
(Il couvre le visage d'Otbert de larmes et de baisers.)
Enfant, laisse, que je te voie.
Tu ne le croirais pas, quoique j'aie eu la joie De te voir tous les jours depuis plus de six mois, Je ne t'ai pas bien vu.
(U le regarde avec d^ yeux enivrés.)
C'est la première fois !
— Un jeune homme, à vingt ans, que c'est beau! — Que je baise Ton front pur ! Laisse-moi te contempler à l'aise!
— Tu parlais tout à l'heure, et moi, je me taisais. — Tu ne sais pas toi-même à quel point tu disais
Des choses qui m'allaient remuer les entrailles. Otbert. tu trouveras pendue à mes nmi ailles Ma grande épée à main ; je te la donne, enfant I Mon casque, mon pennon, tant de fois triomphant, Sont à toi. Je voudrais que tu pusses toi-même Lire au fond démon cœur pour voir combien je t'aime! Je te bénis ! — Mon Dieu, donnez-lui tous vos biens, De longs jours comme à moi, moins sombres que les miens;