‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 200 sur 210 · PARTIE Iir, SCÈNE III · texte numérisé non relu

PARTIE Iir, SCÈNE III

Faites qu'il ait un sort calme, illustre et prospère, Et que des fils nombreux, pieux comme leur pcTe, Soutiennent, pleins d'amour, ses pas fiers et tremblants, Quand ses beauxcheveux noirs seront des cheveux blancs !

OTBERT.

Monseigneur !

JOB, lui imposant les mains.

Je bénis cet enfant, cieux et terre, Dans tout ce qu'il a fait, dans tout ce qu'il doit faire! Sois heureux! -^Maintenant, Otbert, écoute etvoi, Vois, je ne suis plus père, et je ne suis plus roi ; Ma famille est captive et ma tour est tombée; J'ai dû livrer mes fils; j'ai, la tête courbée. Dû sauver l'Allemagne ; oui, — mais je dois mourir. Or ma main tremble. Il fautm'aider, me secourir....

(Il tire du fourreau le poignard qu*Otbert porte à sa ceinture

et le lui présente.)

C'est de toi que j'attends ce service suprême. •

OTBERT, cponvanté.

De moi ! mais savez- vous que je cherche, ici même, Quelqu'un....

JOB

Fosco ! c'est moi.

OTBERT.

Vous !

(Reculant et promenant ses yeux dans Tombre autour de lu: .

Qui que vous soyc. ^ Spectres qui m'entourez, démons qui nous voyez, C'ebtluil c'est le vieillard que j'honore et quej'aime Prenez pitié de nous dans ce moment suprême ! — Tout se tait? — O mon Dieu 1 c'e«t Job ! comble d'effroi '

(Avec déaeiipoir et solennité.)

Jamais je ne pourrai lever la main sur toi, O vieillard! demi -dieu du Rhin ! tète sacrée!

JOB

Mon Oibert, du sépulcre aplanis-moi Tentrée.

Faut-il te dire tout? Je suis un criminel.

Ton épouse en ce monde et ta sœur dans le ciel, Elle est là ! Régina I pale, glacce et belle. Celle à qui tu promis de faire tout pour elle, De la sauver toujours, car lamour est vertu, Quand tu devrais, au seuil du tombeau, disais-tu, Rencontrer le démon ouvrant l'abîme en flamme, Et lui payer cet ange en lui livrant ton àme I La mort la tient I la mort lève son bras maudit Dont l'ombre à chaque instant autour d'elle grandit ! Sauve-la I

OTBERT, égaré.

Vous croyez qu'il faut que je la sauve?

JOB

Peux-tu donc hésiter? D'un côté, moi, front chauve.

Vieux damné, qu'à finir tout semble convier,

Moins héros que brigand, moins aigle qu'épervier,

Moi, dont souvent la vie impure et sanguinaire

A fait aux pieds de Dieu murmurer le tonnerre I

Moi, vieillesse, ennui, crime î et, de l'autre côté,

Innocence, vertu, jeunesse, amour, beauté!

Une femme qui t'aime! une enfant qui t'implore !

Oh ! l'insensé qui doute et qui balance encore

Entre un haillon souillé, sans pourpre et sans honneur,

Et la robe de lin d'un ange du Seigneur !

— Elle veut vivre et moi mourir! — Quoi ! tu balances

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