ACTE I, SCÈNE II
DON SALLUSTE
Enfin, Matalobos, ce voleur de Galice Qui désole Madrid malgré notre police, Il est de vos amis 1
Raisonnons, s'il vous plaît.
Sans lui j'irais tout nu, ce qui serait fort laid. Me voyant sans habit, dans la rue, en décembre, La chose le toucha. — Ce fat parfumé J'ambre, * Le comte d'Albe, à qui l'autre mois fut volé Son beau pourpoint de soie. . .
DON SALLUSTE
Eh bien ?
DON CÉSAR
C'est moi qui l'ai.
Matalobos me l'a donné.
DON SALLUSTE
L'habit du comte !
Vous n'êtes pas honteux?...
DON CÉSAR
Je n'aurai jamais honte De mettre un beau pourpoint, brodé, passementé, Qui me tient chaud l'hiver et me fait beau l'été. — Voyez, il est tout neuf. —
(Il entr'ouTre •on manteau, qui laisse voir un superlie pourpoint
de satin ruse brodé d'or.)
Les poches en sont pleines De billets doux au comte adressés par centaines. Souvent, pauvre, amoureux, n'ayant rien sous la dont. J'avise une cuisine au soupirail ardent D'où la vapeur desraets aux narines me monte ; Je m'asbicds là, j'y lis les billets doux du comte,
Et, trompant l'estomac et le cœur tour à tour, J'ai Todeur du festin et Tombre de l'amour l
DON SALI^USTE
Don César». •
DON CÉSAR
Mon cousin, tenez, trêve aux reproches, je suis un grand seigneur, c'est vrai, Pun de vos proches: Je m'appelle César, comte de Garofa ; Mais le sort de folies en naissant me coiffa. J'étais riche, j'avais des palais, des domaines, Je pouvais largement renier les Célimènes, Bah ! mes vingt ans n'étaient pas encor révolus Que j*avais mangé tout ! il ne me restait plus De mes prospérités, ou réelles ou fausses, Qu'un tas de créanciers hurlant après mes chausses. Ma foi, j'ai pris la fuite et j'ai changé de nom. A présent, je ne suis qu'un joyeux compagnon, Zafari, que hors vous nul ne peut reconnaître. Vous ne me donnez pas du tout d'argent, mon maître ; Je m'en passe. Le soir, le front sur un pavé. Devant l'ancien palais des comtes de Tevé, — C'est là, depuis neuf ans, que la nuit je m'arrête, — Je vais dormir avec le ciel bleu sur ma tète. Je suis heureux ainsi. Pardieu, c'est un beau sort ! Tout le monde me croit dans l'Inde, au diable, — mort. La fontaine voisine a de l'eau, j'y vais boire. Et puis je me promène avec un air de gloire.
Mon palais, d'où jadis mon argent s'envola, Appartient à cette heure au nonce Espinola.
C'est bien. Quand par hasard jusque-là je m'enfonce, Je donne des avis aux ouvriers du nonce Occupés à sculpter sur la porte un Bacchus. —