ACTE I, SCÈNE
Maintenant, pouyez-vous me prêter dix écu5?
DON SALLUSTE
Écoutez-moi. . .
DON C£SAR , croisant les bras.
Voyons à présent voire style.
DON SALLUSTE
Je vous ai fait venir, c'est pour vous être utile. César, sans enfants, riche, et de plus votre aîné. Je vous vois à regret vers Fabîme entraîné ; Je veux vous en tirer. Bravache que vous êtes, i^-n-^ •» * Vous êtes malheureux ; je veux payer vos dettes, Vous rendre vos palais, vous remettre à la cour, Et refaire de vous un beau seigneur d'amour.
Que Zafari s'éteigne et que César renaisse.
Je veux qu'à votre gré vous puisiez dans ma caisse, Sans crainte, à pleines mains, sans soin de l'avenir : Quand on a des parents, il faut les soutenir. César, et pour les siens se montrer pitoyable....
(Pendant que don Salluste parle, le visage de don César prend une expression de plus en plus étonnée, joyeuse et conûante; enfin il éclate.)
DON CESAR
Vous avez toujours eu de l'esprit comme un diable, Et c'est fort éloquent, ce que vous dites là ! — Continuez.
DON SALLUSTE
César, je ne mets à cela Qu'une condition. — Dans l'instant je m'explique. Prenez d*abord ma bourse.
DON CESAR y empoignant la bourse, qai est pleine d*or.
Ah çà 1 c'est magnifique !
BON 8ÀLLU8TE.
Et je vais vous donner cinq cents ducats.. •
DON CESAR, ébloui.
Marquis. ...
DON SàLLUSTS, continnant.
Dès aujourd'hui.
DON CÉSAR
Pardien, je vous suis tout acquit.
Quant aux conditions, ordonnez. Foi de brave 1 Mon épée est à vous, je deviens votre esclave, Et, si cela vous plaît, j'irai croiser le fer Avec don Spavento, capitan de l'enfer.
DON SALLUSTE
Non, je n'accepte pas, don César, et pour cause. Votre épée.
DON CESAR
Alors quoi? je n'ai guère autre chose.
DON SALLUSTE, se rapprochant de lui et baissant la voix.
Vous connaissez, — et c'est en ce cas un bonheur, — Tous les gueux de Madrid ?
DON CÉSAR
Vous me faites honneur.
Vous en traînez toujours après vous une meute ; Vous pourriez au besoin soulever une émeute, Je le sais. Tout cela peut-être servira.
DON CÉSAR, éclatant de rire.
D'honneur ! vous avez l'air de faire un opéra. Quelle part donnez- vous dans l'œuvre à mon génie ? Sera-ce le poëme ou bien la symphonie ?
Commandez : je suis fort pour le charivari.