‹ Théâtre du Petit-ChâteauChapitre 53 sur 210 · ACTE I, SCENE lï. . l^W · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE lï. . l^W

DON fiALLITSTE, gravement.

Je parle à don César, et non à Zafari.

(Biiissant la voix de plus en plus.)

Écoute. J'ai besoin, pour un résultat sombre ,

De quehju'un qui travaille à mon côté dans Fombre

Et qui m'aide à bâtir un grand événement.

Je ne suis pas méchant, mais il est tel moment

Où le plus délicat, quittant toute vergogne,

Doit retrousser sa manche et faire la besogne.

Tu seras riche, mais il faut m' aider sans bruit

A dresser, comme font les oiseleurs la nuit.

Un bon filet caché sous un miroir qui brille.

Un piège d'alouette ou bien déjeune fille.

Il faut, par quelque plan terrible et merveilleux,

— Ta n'es pas, que je pense, un homme scrupuleux, —

Me venger !

DON CÉSA.R.

Vous venger?

DON SALLUSTE

Oui.

DON CJSSAR.

De qui?

DON SALLUSTE

D'une femme.

DON CESAR, (n te redresse et re^^arde fièrement don Salluste.)

Ne m'en dites pas plus. Halte-là ! — * Sur mon Âme, Mon cousin, en ceci voilà mon sentiment :

Celui qui, bassement et tortueusement.

Se venge, ayant le droit de porter une lame, Noble, par une intrigue, homme, sur une femme, Et qui^ né gentilhomme, agit en alguazil,

iOQ RUY BLAS.

Celai-là, — fût-il grand de Castille, fût-il Suivi de cent clairons sonnant des tintamarres. Fût-il tout harnaché d'ordres et de chamarres, Et marquis, et vicomte, et fils des anciens preux^ — N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux Que je voudrais, pour prix de sa lâcheté vile, Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville !

BON SALLUSTE

César !•••

DON CÉSAR

N'ajoutez pas un mot, c'est outrageant !

(Il jette la bourse aux pieds de don Salluste.)

Gardez votre secret, et gardez votre argent.

Oh ! je comprends qu'on vole, et qu'on tue, et qu'on pille^

Que par une nuit noire on force une bastille.

D'assaut la hache au poing, avec cent flibustiers;

Qu'on égorge esta fiers, geôliers et guichetiers;

Tous, taillant et hurlant , en bandits que nous sommes,

OEil pour œil, dent pour dent, c'est bien! hommes contre hommes 1

Mais doucement détruire une femme; et creuser

Sous ses pieds une trappe; et cohtre elle abuser.

Qui sait? de son humeur peut-être hasardeuse;

Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse :

Oh 1 plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur.

Plutôt qu'être, à ce prix, un riche et haut seigneur,

— Et je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme, —

J^aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme,

Vil, odieux, pervers, misérable et flétri.

Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori 1

DON SALLUSTE

Cousin....

Page 1