‹ ThéâtreChapitre 188 sur 198 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Vous?... Moi!

BLANCHE. (Elle s'assied à côté de lui.)

Nous avons été enfants ensemble... Nos jeux ont mêlé nos premières années... La môme maison nous a vus naître... La môme campagne nous a vus grandir... Souvent, nous avons mordu au môme fruit... Nous étions comme frère et sœur... toujours tous les deux... Je ne sais pas si les autres oublient plus que moi, mais j'ai vécu si peu depuis ma jeunesse que je me suis toujours souvenue de mon enfance... Puis, quand ce fut fini... car il faut toujours que cela finisse... vous ôtes revenu dans mon existence comme le Dévouement... à des heures solennelles et terribles... On eût dit que nos désastres, avant de nous unir, faisaient nos rendez-vous... Oui, je vous ai revu, toujours bon, généreux et brave, portant sur vous et tout autour de vous un rayon de la grandeur et de la fatalité des temps... Alors, peu à peu, j'ai eu mes idées, qui sont allées h vous... Il me semblait que Dieu ne s'y opposait pas !... Et maintenant me comprenez-vous?... Tout ce qui nous sépare, les préjugés de ma tante, de mon oncle lui-môme, mon sang, le royalisme de ma race, ce que je dois à mon nom, ce qui me défendait hier pour jamais d'être à vous, ce qui me le défendrait encore à présent, mon ami, quand môme je serais libre et ma maîtresse, tout cela... ah! une pareille vie... vous voyez bien vous-même, mon ami, l'autre supplice vaut mieux ! . . .

PERRIN, qui a écouté Blanche avec stupeur. Il se lève.

Jg ne rêve pas, n'est-ce pas ? je suis bien éveillé! Nous sommes clans le préau de Port-Libre. Voilà le jour du ciel. Vous ôtes là, et je vous touche. Et cela est : Blanche de Valjuzon aime le général Perrin !

BLÂNCnE.

Gela est, mon ami, et je remercie cette fin redoutée de tous, la seule chose au monde qui pouvait m'arracher mon amour et me le mettre sur les lèvres...

PERRIN, pensif et méditant.

Une mort de sang!... une mort qui tue les femmes comme on les assassine!

BLANCHE. '

Oui, la mort que vous dites, il n'y avait que celle-là pour nous réunir un instant ici-bas, et toujours là-haut.

PERRIN

Eh bien, viens donc, ô mort du bourreau, puisqu'il n'y a que toi pour unir des fiancés comme nous autres!... Viens ramasser, dans ton panier, le premier baiser de nos deux têtes !... Et à présent n'étouffe plus, mon cœur, ouvre-toi, laisse éclater ton secret. Je vous ai toujours aimée; je n'ai aimé que vous seule, et jamais que vous. Blanche! vous, toujours vous!

BLANCHE

Parlez, parlez! que je vous entende !...

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