‹ ThéâtreChapitre 36 sur 198 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

. LES MÊMES, M. MARÉCHAL entrant et les voyant s'embrasser.

M. MARÉCHAL

Eh bien ! eh bien ! c'est cela ! ne vous gênez pas ! Après vous, s'il en reste... (a sa femme.) Bonjour, chère amie. (AsafiUe.) Et qu'est-ce qu'on dit à ce

père? (Henriette saute dans ses bras.) Oh ! toi, tU CS mademoiselle sans phrases, c'est une justice à te rendre : plus de baisers que de paroles avec toi! Ce n'est pas que je m'en plaigne... (n va mettre son paletot, à gauche.) Ah çà ! VOUS savez qu'il fait un temps superbe aujourd'hui..: un soleil! Vous sortez de votre lit, je suis sûr, vous autres? Il y à deux heures que vous devriez être sur pied... On fait une grande course avant son déjeuner, on marche, on va dans la rosée... Il n'y a rien de bon comme ça. ia sa mie,

tirant' une boîte de sa poche.) TicUS ! j'ai UUC pcti+C bêtisC

'pour toi.

HENRIETTE

Oh! une croix!... qu'elle est jolie! merci, papa!

(Elle court à sa mère assise sur le canapé à droite.) Vois dOUC,

maman.

M. MARÉCHAL

J'ai aussi quelque chose pour vous, Louise, (ii

ouvre une boîte et la présente à sa femme.)

f.8 HENRIETTE MARECHAL.

Des diamants? des diamants! mais (regardant sa fiiie

qui est auprès d'elle, derrière le canapé.), mon ami, Ce n'est

la fête de personne de nous aujourd'hui.

M. MARÉCHAL

Pardon, ma chère, c'est la mienne.

MADAME MARÉCHAL

La vôtre? hi vôtre... mais du tout... C'est dans le mois de décembre...

M. MARÉCHAL

Si, je vous assure, c'est la mienne. Il y a aujourd'hui trente ans. Madame, trente ans, jour pour jour, que votre mari entrait à Paris, par là barrière de Fontainebleau, avec cinquante francs dans sa poche... cinquante francs, mon Dieu ! oui, pas plus, je n'avais que ça. Il ne faisait pas si beau qu'aujourd'hui, et j'avais un pantalon de toile. Un an après, ma fortune eût encore tenu à peu près dans le creux de ma main, mais j'avais mangé tous les jours. Dix ans après, j'avais cent mille francs, cent mille francs à moi, bien à moi, qui ne devaient rien à personne, qui ne me reprochaient rien, mais^qui m'avaient coûté rudement cher ! C'est difficile à mériter, allez ! le premier argent, encore plus qu'à gagner, le diable m'emporte ! Et ce qu'il faut d'énergie, de volonté, de travail, d'économie... je le sais, je vous en réponds. Je crois que je vous voyais d'avance, toutes les deux, ma parole d'honneur! dans ce temps-là, et que c'était ça qui me

soutenait, (n s'assied sur la chaise à côté de la table. Henriette

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