ACTE ]I
est venue s'asseoir sur le canapé, ù côté de sa mère.) A Cin(| ailS
de là, j'avais fait, de mes cent mille francs, trois cent mille francs. Vous me faisiez alors, Madame, l'honnenr de m'épouser, et vous me donniez plus que je ne vous apportais en me donnant le bonheur. Aujourd'hui, d'après mon dernier inventaire, j'ai... c'est-à-dire, vous avez deux millions...
MADAME MARÉCHAL, regardant Henriette.
Deux millions?
M. MARÉCHAL
Deux millions... et môme un peu mieux que cela.
Eh bien! madame, eh bien! mon Henriette... (Madame Maréchal t'ait lever Henriette, et lui passant un bras autour de la taille, l'avance doucement vers son père.) U CSt DOU dC Se
dire : Me voilà riche pour ma femme, pour ma fille... J'ai eu toutes les privations, je n'en veux pas une pour elles! Je sais ce que c'est qu'un désir; j'ai fait une tirelire oii j'ai mis des pièces blanches tous les samedis, pendant des mois, pour m'acheter une commode en acajou que j'avais vue rue de Gléry... Elles, je ne veux pas qu'elles aient un désir! Qu'est-ce qu'elles veulent? du luxe? Eh bien ! elles auront du luxe ! Je leur achèterai du plaisir, et de tout! (ii se lève.) Ah! tu disais que ce n'était pas aujourd'hui ma fête! (Safliie se jette dans ses
bras. Madame Maréchal se levé.) G'cst CUricUx!... il y a
comme cela des moments dans la vie où tout vous réussit... J'ai vu un temps où je ne pouvais pas toucher une carte sans perdre; maintenant, je gagne toujours. Et pour tout, c'est de même. C'est-àdire que j'ai de la veine jusque dans les malheurs
qui m'arrivent... (A sa femme, en remontant la scèue.) Tu
sais bien, la faillite Labourieux? Eh bien! c'est incroyable, il paraît que nous ne perdrons rien. Et mon voleur de caissier que je retrouve l'autre jour au bal!... Oh! quand on se met à avoir les
atouts en main... (Henriette se met h travailler à un ouvrage
de crochet.) Jusqu'ànotrc maisou, qui porte bonheur! Tu sais notre blessé, dont le médecin ne répondait pas d'abord? Le voilà sur pied, au bout de quinze jours... Un très-joli garçon, ma foi ! que mon jeune
homme. . . (Henriette fait un signe de tête en travaillant.) Hciu ?
tu l'as vu?
henrH':tte.
Oh ! je lisais au jardin... dans l'allée... J'ai regardé en l'air... j'ai vu quelqu'un qui m'a fait un grand salut derrière les carreaux... ça m'a fait sauver...
M. MARÉCUAL.
Ah ! ça t'a fait sauver? Eh bien, va donc voir si
on nous donne à déjeuner... (Il la mène, en la tenant par
la taille, à la porte du fond.) Je crèvc dc faim, je suis Icvé depuis six heures, moi...
HENRH^TTi:.
Oui, papa.
(KUe sort.)