SCENE V
MADAME MARÉCHAL, assise et lisant; M. MARÉCHAL.
M. MARl'XllAL, allant à la table, auprès de madame Maréchal.
N'êtes-voiis pas heureuse, aussi^ vous, madame? je ne dis pas autant que moi... mais un peu... assez pour sourire à ma joie... Oh ! ne vous étonnez pas de tout l'amour que j'ai pour cette enfant...
(Il désigne la porte par laquelle Henriette est sortie.) Je lui dois
tant! A mesure qu'elle a grandi, chaque jour, elle m'a apporté un peu du cœur de sa mère... C'est en l'embrassant que nous nous sommes rapprochés!
(Il prend lentement la main de sa femme, et la baise.) Oh ! JC VOUS
disais bien dans les commencements de notre mariage : Ayez confiance, laissez faire le temps, et vous verrez qu'un jour l'affection viendra... Je la ferai venir à la fin, moi, je vous en réponds.
(Il s'assied sur le canapé, à côté d'elle.) MADAMIi: MARÉCHAL.
Oui, mon ami. Si jamais un mari a mérité d'être aimé...
M» MARÉCHAL
Vous êtes contente de moi, Louise? tout à fait Contente de moi ? Dans votre salon, vous me trouvez comme tout le monde? n'est-ce pas, comme tout le monde? L'ouvrier, soyez franche, ditesmoi tout..* mais est-ce que vous pouvez me blesser, vous? l'ouvrier, vous ne le retrouvez plus.
bien sur? Voyez-vous ces deux sourcils-là, vous n'imaginez pas tout ce qu'ils m'ont fait souffrir, quanti il se fronçaient à un mot qui m'échappait, à un geste que je faisais... à une violence... Car je sais, j'avais de vraies violences de peuple... Oh ! non, c'est vrai, vous ne me disiez rien : vous m.e regardiez seulement : vous ne m'aimiez pas assez pour me dire ces choses-là... J'ai eu du mal tout de même à me faire une peau d'homme du monde; c'est dura tailler dans du vieux!... Mais je m'étais juré que vous ne me regarderiez plus avec ces yeux-là, que vous laisseriez vos sourcils tranquilles, et que je ferais à la fin un mari comme un autre... qui ne vous rendrait pas trop malheureuse... Me suis-je tenu parole, Louise?
MADAME MARÉCHAL
Mon ami... (Elle lui prend la main.) TCUCZ ! je Suis hcU-
reuse... etje ne demande qu'une chose, c'est de l'être toujours ainsi...
M. MARÉCHAL
Et pourquoi ne le seriez vous pas toujours?
MADAME MARÉCHAL
Oui, pourquoi? iVAle se relève et lui pose les mains sur les
épaules.) C'est vrai !