ACTE m. [\o
de Laujon qui demande pour quelle histoire de femme M. Gonet s'est battu avant-hier...
MADAME MARÉCHAL
Madame de Laujon?
PIERRE
Oui, madame de Laujon... Et puis, pour mieux deviner, on suppose; on met un peu de calomnie en avant pour éclairer la médisance ; on lance un mot pour voir s'il sera ramassé... on laisse tomber, en mettant la cuiller dans une glace, négligemment : (c Madame Maréchal?.., Oh!... » Et je viens d'entendre nommer mon frère. Madame...
(Il se retourne vers elle.) MADAME MARÉCHAL.
Qu'est-ce que vous voulez me dire enfin... voilà une heure?... Est-ce que vous croyez que je ne me doute pas que vous savez tout?
PIERRE
Ce que je veux vous dire. Madame, (U se lève.) c'est qu'en aimant mon frère, vous avez fait de moi un homme reconnaissant, orgueilleux de cet amour... comme s'il tombait sur moi-même... Ce que je Acux vous dire, et ce que vous ne savez pas, ni vous, ni lui, c'est que votre amour, je l'ai gardé, je Tai veillé, comme un homme qui couche en travers d'une porte et qui ne dort pas de la nuit... J'épiais autour de vous le bruit, les coups d'œil, le silence... J'étais là derrière vous, effaçant vos imprudences, je renouais chaque jour votre secret, et je refaisais autour de vous sans cesse quelque
chose comme de l'ombre et de la sécurité... Je fermais les bouches qui parlaient, j'empêchais la jalousie de vous voir... Votre bonheur était insolent: je me mettais devant pour le cacher, et faire qu'il
ne blessât personne! (Il marche et revient auprès de madame
Maréchal.) Yoilà trois mois que je fais ce métier-là, trois mois que je suis toujours là, rompant vos tête-à-tête, vous arrachant à lui, vous jetant de soties plaisanteries qui vous fassent rire, quand vous rêvez, quand je sens que vous allez rougir ou pleurer... vous avertissant de votre mari, du monde, de tous ceux qui sont là, et que vous ne voyez pas,
quand il est làl... (Il marche avec agitation.) Trois mois
que je vous suis insupportable... et que vous croyez que jç fais cela à cause de je ne sais quel mauvais sentiment de jalousie, parce que vous me prenez de l'affection de mon frère, n'est-ce pas?... Oh! je vous pardonne... Eh bien. Madame, je suis au bout de ma tâche... J'ai cru réussir un moment; j'ai cru qu'on pouvait cacher un bonheur comme le vôtre, que j'avais endormi la curiosité du monde, que vous pourriez vivre tranquilles tous les deux, et qu'on vous laisserait vous aimer... Aujourd'hui, je le vois, c'est impossible. J'ai lutté, je suis battu...
(Se retournant vers elle et se rapprochant.) Mais CCla COUrt
maintenant sur les chaises de la promenade! Les indifférents en parlent déjà; votre mari peut l'apprendre demain... ce soir... Et alors votre amour, savez-vous ce que ce sera? Ce sera, ce qu'on appelle de son vrai nom légal : l'Adultère! l'Adultère, entendez-vous? quelque chose qui est dans le Gode et qui fait asseoir sur le banc des voleurs! Votre