‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 75 sur 108 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes. JDNOT, CAROLINE, puis PAULINE et MURAT

JU.NOT, à Caroline.

Madame Murât, vous êtes ma prisonnière !

CAROLINE

Mais je suis hors du jeu, cela ne compte plus. Du reste, j'en ai assez. C'est bon pour Hortense de se croire encore chez M'ue Campan! — Eh bien, ça y est, elle ne sera pas impératrice !

JUWOT

Qui '?... Hortense ?

CAROLINE

Oh î vous, Junot, vous n'êtes jamais à la question. (A Lœtitia qui va au fond. . Tu rentres, maman ?

LŒTITIA

Oui, j'ai à écrire à mon notaire.

Lœtitia sort avec Talleyrand. Entrent Murât et Pauline.) MURAT

Ma sœur, vous me devez un gage. J'ai droit à un baiser!

PAULINE

Prenez en dix. Murât.

MURAT

Je veux bien. Tu permets, Caroline ?

CAROLINE

C'est son affaire. J'ai du nouveau.

PAULINE

Maman est partie ?

CAROLINE

Oui, on peut causer. Cette pauvre Joséphine !

PAULINE

Dis?

CAROLINE

Pas devant les hommes.

PAULINE

Messieurs les généraux, éloignez-vous un peu. (Murât

et Junot reculent de quelques pas, mais restent l'oreille tendue et ils se rapprochent peu à peu.)

CAROLINE

C'est un événement considérable !

PAULINE

Elle est enceinte?

CAROLINE

Au contraire !

MURAT, se retournant.

Comment! au contraire?

CAROLINE

Silence à l'armée ! Nous en étions déjà à la séparation de corps officielle.

PAULINE, naïvement.

Universelle ? Pour tout le monde ?

CAROLINE

Cette Pauline ! A quoi penses-tu donc !... Il ne peut s'agir que du Premier Consul et de sa femme.

PAULINE

Dis donc franchement « l'Empereur », puisque nous

allons l'être.

CAROLINE

Eh bien, à partir de ce soir, ils font lit à part. C'est la première fois depuis leur mariage...

PAULINE

Et même depuis avant !

CAROLINE

Et ça, tu comprends, c'est clair ! Avec les idées de Napoléon sur l'union conjugale, le divorce est à bref délai... Elle ne sera pas... plus que reine.

PAULINE

De qui tiens-tu la nouvelle ?

CAROLINE

De Bourrienne.

Et Bourrienne

PAULINE

CAROLINE

De Constant, le valet de chambre, à qui Napoléon a donné l'ordre de préparer son lit dans la bibliothèque.

PAULINE

Ça y est î

MURAT, à Junot. "

La séparation officielle, un pareil jour, serait, en effet, bien significative !

PAULINE

Et elle ?

CAROLINE

Elle ne sait rien encore. La surprise est pour ce soir.

Hum!

CAROLINE

Quoi, hum ?

JUNOT, sur le petit pout.

Rien... Je la regarde courir sur la pelouse comme une Atalante... Elle bute... elle fléchit, elle va tomber, il s'élance, la soutient, la relève, elle rit, il l'embrasse... Votre nouvelle, madame Murât, n'est pas pour le Moniteur.

MURAT

D'ailleurs, j'ai plus officiel. Vous connaissez tous

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Isabey ! Vous savez quel grand fou il est, un artiste, quoi! Quand il s'amuse, celui-là, c'est des pieds à la tête, il ne voit plus rien devant lui, il oublie tout, il se suspendrait à la queue du diable î

JUNOT

C'est vrai. Moi, je l'aime beaucoup. 11 égaie un peu la Malmaison !

MURAT

Vous allez voir! Tout à l'heure aux barres, il se sauvait d'Hortense qui le serrait de près. Il avait beau allonger ses grandes échasses, il allait être pris. Il aperçoit devant lui un petit homme qui lui barrait le chemin... vous j êtes, hein?... Isabey, enivré de la course, ne réfléchit pas. bondit à saute-mouton pardessus l'obstacle. C'était... j'en ai tremblé, moi Murât !

ÏDNOT

Oh ! le pauvre garçon !

MURAT

Heureusement pour lui. le Premier Consul est d'une humeur charmante aujourd'hui. Sans cela. Isabey était perdu.

JUNOT

Oh ! carrément !

MURAT

« Monsieur Isabey, lui a-t-il dit, vous avez bien choisi votre jour. Je ne pourrais plus vous pardonner demain. »

ÏUNOT, à Murât.

Demain ?... Il a dit demain? l'Empire est fait.

MURAT

Je le crois !

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