‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 8 sur 108 · SCENE II FLORENCE FLEIRY. BOSC. MANON · texte numérisé non relu

SCENE II FLORENCE FLEIRY. BOSC. MANON

B >3C, à La Fieury qui entre lenau* entre les bras uue corbeille de raisius nouveaux.

LA PLEURY, forte paysanne de cinquante ans. au verbe haut, familière et sympathiquement bourrue.

Finie et terminée Notre vendange !... On grapille à présent Le maître aux malheureux du bourg a fait présent De ce qui reste î

(A Bosc.)

Bonne année î Monsieur Bosc, cave pleine! Il faut que le bon Dieu

S'en mêle pour donner à boire A tous ces révoltés, tous ces sans feu ni lieu.

Qui crachent l'hostie au ciboire El veulent renverser le Roy du trône !

(Elle pose sa corbeille.)

Voire.

Il en est venu deux de la ville tantôt,

BOSG

Qui ?

LA FLEl'RY

Ça n'a pas trente ans, et ça parle tout haut, De réformer le monde ! lis prêchent, c'est indigne. Comme de vrais curés, lâchent des mots latins A renverser dans leurs stalles des sacristains,

Et Ton croirait, tant leur langue est agile, Qu'ils nous ont découvert un cinquième évangile !

(Aven un regard du coté de Manon.)

Mais vous allez les voir, car depuis quelque temps. C'est proprement ici l'auberge aux mécontents !

MANON, de loin, assise, avec beaucoup de douceur.

Allons, ma mie, allons, bonne Florence, N'abuse pas des droits sacrés de l'ignorance !

LA FLEUR Y

Je suis sans esprit, oui, mais sans jugement, non !

Tu sais si je t'aime, Manon, Toi, ta fille, ton homme et tout ce qui te touche, Mais quand j'ai quelque chose à dire, le canon Ne me fermerait pas la bouche !...

(Geste de Manon et de Bosc. Elle s'avance et dil :]

La liberté ?... Nous la connaissons... C'est le pain î Qu'il en fasse d'abord sans soleil et sans terre, Votre fameux monsieur Voltaire î

(Elle montre le buste de Jean-Jacques.)

Et cet autre, le Dieu de céans, son compain,

Qu'il en obtienne sans pépin, Dans son chapeau, de beaux raisins comme les nôtres !

(Devant le bus(c. |

Après cela nous serons bien les vôtres, Messieurs les avocats poudrés, Et nous renverserons tout ce que vous voudrez î Je parle librement, étant de la famille, Ou m'en croyant ! — Bonsoir, je vais coucher ta fille. Elle a joué, couru, bondi, notre Eudora,

Comme un petit chat angora.

Dans la vigne, au soleil. Eaprès-dinée entière ! Il fallait voir ce bon monsieur de la Platière î

MANON

Appelle mon mari : « Roland » tout uniment. C'est moins ronflant et plus commode.

LA FLEURY. a BOSC. eu s'eu allant.

Eh quoi, les noms aussi ? Tout alors ?

BOSC

C'est la mode.

()n est à la roture !... Oh î c'est pour un moment!

La Fleuiy. outre à gauche.) BOSC

Servante du vieux temps, le bon !

MANON

Et de province !

Elle manque au Contrat Social ?

MANON

Comme au Prince

Elle a de la raison, et plein son tablier !

MANON, riant.

Oh i du raisin plulôt !

BOSC, il va au fond.

Bon !

(Revenant.)

J'allais oublier De saluer de ma révérence profonde Le citoyen Rousseau, père de la Gironde !

(Il salue le buste et sort en riant.

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