‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 100 sur 135 · LE BOURGMESTRE, LE GRAND JUGE · texte numérisé non relu

LE BOURGMESTRE, LE GRAND JUGE

Peuple et Soldats

GAETAN", à cheval.

Certes ! c'est une loi d'un caractère hybride Celle qui me contraint, Messieurs, de tourner bride Pour vous suivre !

LE BOURGMESTRE

Seigneur, nous sommes députés Par vos humbles sujets, notables réputés De Palerme, Messine, et même Syracuse, Auprès de vous.

GAETAN Parlez.

LE BOURGMESTRE

Messire, on vous accuse De vouloir renoncer à la succession Légitime du roi votre oncle.

ORLIZ à Arias

Attention !

LE GRAND JUGE

Ce par où nous verrions que Votre Honneur s'applique A fonder l'anarchie avec la république.

LE BOURGMESTRE

Donc, prosternés tous deux, Monsieur le Juge et moi,

Nous vous sollicitons de succéder au roi,

Roi vous même... ou d'avoir la bonté de nous suivre.

GAETAN

Où me conduirez-vous ?

LE GRAND JUGE

Oh ! Sire ! — au son du cuivre Et l'oriflamme en tête, au palais où sont mis Ceux qui, chefs ou soldats, devant les ennemis Ont déserté... pardon ! chacun selon son grade, Les uns sur le sol nu, les autres sur l'estrade. Or, par votre naissance et de ce simple chef, Vous avez droit au rang de général en chef.

GAETAN

La Sicile est en paix.

LE GRAND JUGE

Certes ! Mais l'Italie Dans un mémorandum auquel je me rallie Nous fait savoir : d'abord, la part qu'à notre deuil Elle prend, non sans voir d'un assez mauvais œil L'interrègne durer si longtemps à Palerme. Elle ajoute que si, dans trois jours, dernier terme,

ENGUERRANDE 2G1

Nous n'avons point trouvé de roi sicilien,

Elle sera contrainte à serrer le lien

Qui nous unit, — ainsi que l'or blanc au platine, —

Par les mœurs et la langue, à la race latine ;

Et de nous englober « manu militari » !...

Vous êtes le dernier bourgeon d'un sang tari

Et la dernière fleur de notre indépendance !...

Sire, faites honneur à votre descendance.

GAETAN

Et si je neveux pas !... Que m'arrivera-t-il ?

LE BOURGMESTRE

La dégradation d'abord, et puis l'exil.

GAETAN, montrant Enguerrande.

J'obéirai, sans plus, aux ordres de'Madame.

HÉLIBÉB, à part.

Amour, n'embrouille pas les fils de cette trame.

ENGUERRANIil'.

Es-tu donc Gaétan de Sicile ?

GAETAN

Oui.

ENGUERRANDE, aux écheviiis.

Je suis Enguerrande de Corse ! — Au juge !

GAETAN

Je vous suis.

(Gaétan suit les Palermitains.)

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