LE BOURGMESTRE, LE GRAND JUGE
Peuple et Soldats
GAETAN", à cheval.
Certes ! c'est une loi d'un caractère hybride Celle qui me contraint, Messieurs, de tourner bride Pour vous suivre !
LE BOURGMESTRE
Seigneur, nous sommes députés Par vos humbles sujets, notables réputés De Palerme, Messine, et même Syracuse, Auprès de vous.
GAETAN Parlez.
LE BOURGMESTRE
Messire, on vous accuse De vouloir renoncer à la succession Légitime du roi votre oncle.
ORLIZ à Arias
Attention !
LE GRAND JUGE
Ce par où nous verrions que Votre Honneur s'applique A fonder l'anarchie avec la république.
LE BOURGMESTRE
Donc, prosternés tous deux, Monsieur le Juge et moi,
Nous vous sollicitons de succéder au roi,
Roi vous même... ou d'avoir la bonté de nous suivre.
GAETAN
Où me conduirez-vous ?
LE GRAND JUGE
Oh ! Sire ! — au son du cuivre Et l'oriflamme en tête, au palais où sont mis Ceux qui, chefs ou soldats, devant les ennemis Ont déserté... pardon ! chacun selon son grade, Les uns sur le sol nu, les autres sur l'estrade. Or, par votre naissance et de ce simple chef, Vous avez droit au rang de général en chef.
GAETAN
La Sicile est en paix.
LE GRAND JUGE
Certes ! Mais l'Italie Dans un mémorandum auquel je me rallie Nous fait savoir : d'abord, la part qu'à notre deuil Elle prend, non sans voir d'un assez mauvais œil L'interrègne durer si longtemps à Palerme. Elle ajoute que si, dans trois jours, dernier terme,
ENGUERRANDE 2G1
Nous n'avons point trouvé de roi sicilien,
Elle sera contrainte à serrer le lien
Qui nous unit, — ainsi que l'or blanc au platine, —
Par les mœurs et la langue, à la race latine ;
Et de nous englober « manu militari » !...
Vous êtes le dernier bourgeon d'un sang tari
Et la dernière fleur de notre indépendance !...
Sire, faites honneur à votre descendance.
GAETAN
Et si je neveux pas !... Que m'arrivera-t-il ?
LE BOURGMESTRE
La dégradation d'abord, et puis l'exil.
GAETAN, montrant Enguerrande.
J'obéirai, sans plus, aux ordres de'Madame.
HÉLIBÉB, à part.
Amour, n'embrouille pas les fils de cette trame.
ENGUERRANIil'.
Es-tu donc Gaétan de Sicile ?
GAETAN
Oui.
ENGUERRANDE, aux écheviiis.
Je suis Enguerrande de Corse ! — Au juge !
GAETAN
Je vous suis.
(Gaétan suit les Palermitains.)