SCÈNE VIII ENGUERRANDE, MÉLIBÉE
MELIBEE, regardant sortir Gaétan.
[A part.)
Parbleu ! si le Hasard est un nom de Satan, Il collabore à mes projets... C'est Gaétan.
(Haut).
Princesse, on vous attend à Palerme. La ville Vous envoie une escorte, et, de façon civile, S'excuse de l'état où vous la surprenez.
ENGUERRANDE
Qu'y a-t-il ?
Dans les crocs d'un dilemme engrenés, Les bonnes gens sont fort troublés ; car l'Italie Par une note aussi nette qu'elle est polie, Leur assigne le laps de quinze jours, je crois, Pour sortir d'anarchie et remplacer Jean Trois. Or le prince héritier renonce à la couronne. La Sicile, malgré la mer qui l'environne, Ne peut point résister à l'Empire Latin, Ainsi que me l'écrit l'électeur palatin,
A moins de s'allier la République Sarde.
La jeunesse, il est vrai, veut que l'on s'y hasarde :
Mais les sages, les vieux, se flattent de revoir
Leur prince légitime accepter un pouvoir
Auquel est attaché le sort de l'Industrie,
Du commerce, et celui même de la patrie.
ENGUERRANDE
Gaétan sera mort dans trois jours !...
MÉL1BÉE
Chi lo sa !...
Je connais votre injure et sais ce qu'il osa ; Mais enfin...
ENGUERRANDE ... Il sera mort dans trois jours, vous-dis-je !
MÉLIBÉË
Votre ressentiment au moins tient du prodige ! Mais vous ne voudrez pas, vous, reine, vous venger D'un jeune homme un peu fou sur un peuple en danger. Je n'en veux pour garant que le regard plus tendre Dans lequel votre haine a paru se détendre Tout à l'heure, quand il a quitté vos genoux.
ENGUERRANDE
Que me dites-vous donc, et de qui parlons-nous ?
HÉLIBÉE De Gaétan !... C'est lui qui sort d'ici.
ENGUERRANDE, défiùUant.
Je tombe !
Comte, mon vieil ami, votre bras.
ENGUERRANDE 259
MÉLIBÉE, à part.
Ma colombe.
Vous ne volerez plus, vous êtes dans mes rets.
KNGEERRANDE
Non, ne me parlez pas... Venez... Je pleurerais.
(Gaëtan rentre avec le peuple.)