‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 101 sur 135 · SCÈNE PREMIÈRE Un appartement, le soir, dans le palais. — Palerme · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE Un appartement, le soir, dans le palais. — Palerme

ENGUERRANDE, seule.

[Une veilleuse brûle.)

Celui-là qui dira de quoi l'âme est pétrie,

Pourquoi l'on aime un chien, un homme, ou la patrie,

Déchirera le voile au fond du Lieu Sacré.

En proie à la douceur dé ce charme exécré,

A m'environner d'ombre en vain je m'évertue,

Jamais, jamais assez je ne me sens vêtue !

Vivre dans un baiser qui flotte, quel tourment!

Et comme il est cruel !... Et comme il est charmant !...

Qui donc est en prison de nous deux, orgueilleuse ?

Il me cerne. Il m'étreint... Meurs, ô pâle veilleuse.

(Elle éteint le flambeau.)

Et j'ai cru me venger ! De quoi 1 De son amour ? Il avait donc raison : le spectre, ni la cour Ne font qu'on règne ; on est « le roi » lorsque l'on aime. Il est le roi. Le mien!... Suis-je reine moi-même Que tant je vis en lui ?... Souffle dans mes cheveux, Souffle encore !... Va-t'en... — Non, reviens. Je te veux!

ENGUERRANDE 263

Ah! comme il me possède !... Éloigne-toi, fantôme. Rentre dans ton cachot. Va mourir. Nul atome De toi ne doit rester sur terre et se mêler A l'air que je respire et voudrais exhaler.

(Entre Mélflréè.)

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