‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 114 sur 135 · SCÈNE IV ENGUEliKANDE, GAETAN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ENGUEliKANDE, GAETAN

La forêt, lu mer au fond, l'aurore.

ENGUERRANDE, enlacée à Gaétan.

C'est un rêve- enchanté, c'est une ivresse immense, C'est une vision qui touche à la démence

Et nous atterrissons dans l'impossible, dis?

Où sommes-nous ? Dans quel îlot du paradis ?

Cet azur ondoyant, c'est la mer sans rivage !

Nous allons assister au céleste arrivage

Des chérubins frileux, émigrant du soleil !...

Nous sommes égarés dans quelque astre vermeil '!...

Oh ! parle-moi. J'ai peur de n'être qu'insensée.

GAETAN, comme en extase.

J'écoute le bonheur et n'ai plus de pensée.

Mes sens sont submergés doucement par ta voix.

Je t'aspire, t'entends, je te touche et te vois,

Et ma bouche a connu la saveur de ta bouche.

Je t'entends et te vois et t'aspire et te touche,

Les siècles sont des jours ; les heures, des instants !

Je te touche, t'aspire et te vois et t'entends !

J'ignore si je nais, j'ignore si j'expire ;

Je te vois, je te touche et t'entends et t'aspire !

Je n'ai ni soif, ni faim, ni désir, et je sais,

Que nous tombons tous deux au néant : c'est assez.

Non, non, réveille-moi, je t'en prie : il faut vivre.

N'est-ce que la rosée ou bien est-ce le givre

Qui blanchit les rameaux de ce bois argenté ?

Sommes-nous à l'hiver ? Sommes-nous à l'été ?

Est-ce le jour, la nuit, l'aube ou le crépuscule?

Pense, réfléchis, vois, rappelle-toi, calcule,

Depuis combien de temps nous aimons-nous toujours '!

GAETAN

Le Temps a renversé l'urne sur nos amours ! Qu'elle gravite ou non, folle et désorbitée, Puisque nous la peuplons c'est la Terre habitée.

ENGUERRANDE 287

ENGUERRANDE Écoute L'on dirait de légers pas d'enfants?

GAETAN

Une biche s'égaie et joue avec ses faons.

ENGUERRANDE

De petits coups rythmés sourdent au creux des chênes ?

GAETAN

Le pivert taille un nid à ses amours prochaines. Qu'un dieu donne la paix aux doux oiseaux nicheurs !

ENGUERRANDE

Sous les bouleaux tremblants s'enlacent des blancheurs?

Ce sont des déités sylvestres en maraude

Qui dansent ta beauté sur les lacs d'émeraude.

ENGUERRANDE

Pareils à ces pistils que nous éparpillons Du souffle, dans l'air rose, avec les papillons D'innombrables points blancs, dorés par la distance. Piquent la mer lointaine ?

GAETAN

Enfant, c'est la laitance D'étoiles de la Nuit. •

ENGUERRANDE

C'est une flotte !

GAETAN

Oui.

i,M.i."Ki;i;.\\HK Qu'as-lu donc '?

GAETAN

D'un mirage ai-je l'œil ébloui '?

Cette Armada, par une étrange flatterie, Est teinte aux trois couleurs de ma douce patrie ?

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