SCÈNE III ENGUERRANDE, MÉLIBÉE Une salle du palais, à Palerme
ENGUERRANDE, assise, abattue.
Non,' de régner ainsi la tâche est trop ardue !
J'y succombe !
MÉLÏBÉE
Courage !
ENGUERRANDE .
Ah ! vous m'avez perdue.
MÉUBÉE
Ces rixes cesseront bientôt. L'égalité,
Madame, est un creuset de bonne qualité
Où la diversité des races fusionne
D'autant mieux que d'abord... on se contusionne.
A calme général, coups individuels,
Et les meilleurs amis sont faits par les duels.
L'alambic bout et fume, aidons à l'alliage
Par le précipité d'un royal mariage.
ENGUERRANDE; avec uu sursaul.
Vous dites ?
MÊUBÉE
Gaëtan vous aime, et je le veux -Avec vous, vous l'aimez. Complice de vos vœux Et d'accord avec Dieu, le peuple vous fiance. Moi-même en cet hymen j'ai pleine confiance... (Geste d'Enguerrande.)
ENGUEKKANDE 3H
Ah ! vous n'en jugez pas au moins différemment ?
ENGUERRANDE Moi, comte, l'épouser *? Mais il est mon amant!
(Elle se lève.)
Voilà pourquoi je suis perdue ! Ah ! triste reine ! Qui me l'arrachera, la pourpre que je trahie Depuis huit mortels jours comme un habit de feu '.' Le peuple, dites-vous, est d'accord avec Dieu Pour nous unir '! Eh bien, d'abord qu'il me le rende, Le peuple ! qu'il redonne à la pauvre Enguerrande Son compte de baisers depuis huit jours perdus, Et les huit paradis d'amour qui lui sont dus !
MÉLIBÉfi
Ne vous aime-t-il plus ? Ce serait bien infâme !
ENGUERRANDE
Ai-je dit qu'il fût mort'?... Rassérénez votre âme. Ne plus m'aimer, qui '.) Lui, Gaétan?... Bon vieillard, Votre esprit, à ce coup, se voile d'un brouillard !... De ma possession un amant se libère Moins aisément, monsieur, qu'un peuple d'un Tibère. Quand on m'aime, et quand j'aime, ayez sur vos papiers Qu'on peut renier Dieu, mais qu'on meurt à mes pieds !