‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 130 sur 135 · SCÈNE III ENGUERRANDE, MÉLIBÉE Une salle du palais, à Palerme · texte numérisé non relu

SCÈNE III ENGUERRANDE, MÉLIBÉE Une salle du palais, à Palerme

ENGUERRANDE, assise, abattue.

Non,' de régner ainsi la tâche est trop ardue !

J'y succombe !

MÉLÏBÉE

Courage !

ENGUERRANDE .

Ah ! vous m'avez perdue.

MÉUBÉE

Ces rixes cesseront bientôt. L'égalité,

Madame, est un creuset de bonne qualité

Où la diversité des races fusionne

D'autant mieux que d'abord... on se contusionne.

A calme général, coups individuels,

Et les meilleurs amis sont faits par les duels.

L'alambic bout et fume, aidons à l'alliage

Par le précipité d'un royal mariage.

ENGUERRANDE; avec uu sursaul.

Vous dites ?

MÊUBÉE

Gaëtan vous aime, et je le veux -Avec vous, vous l'aimez. Complice de vos vœux Et d'accord avec Dieu, le peuple vous fiance. Moi-même en cet hymen j'ai pleine confiance... (Geste d'Enguerrande.)

ENGUEKKANDE 3H

Ah ! vous n'en jugez pas au moins différemment ?

ENGUERRANDE Moi, comte, l'épouser *? Mais il est mon amant!

(Elle se lève.)

Voilà pourquoi je suis perdue ! Ah ! triste reine ! Qui me l'arrachera, la pourpre que je trahie Depuis huit mortels jours comme un habit de feu '.' Le peuple, dites-vous, est d'accord avec Dieu Pour nous unir '! Eh bien, d'abord qu'il me le rende, Le peuple ! qu'il redonne à la pauvre Enguerrande Son compte de baisers depuis huit jours perdus, Et les huit paradis d'amour qui lui sont dus !

MÉLIBÉfi

Ne vous aime-t-il plus ? Ce serait bien infâme !

ENGUERRANDE

Ai-je dit qu'il fût mort'?... Rassérénez votre âme. Ne plus m'aimer, qui '.) Lui, Gaétan?... Bon vieillard, Votre esprit, à ce coup, se voile d'un brouillard !... De ma possession un amant se libère Moins aisément, monsieur, qu'un peuple d'un Tibère. Quand on m'aime, et quand j'aime, ayez sur vos papiers Qu'on peut renier Dieu, mais qu'on meurt à mes pieds !

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