‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 131 sur 135 · HEURES · texte numérisé non relu

HEURES

Ainsi, cette union s'ordonne d'elle-même.

ENGUERRANDE

Hélas ! Comprenez donc ceci : que, plus il m'aime, Et plus ma royauté le sépare de moi ; Que je perdrais l'époux en dégageant le roi ; Que son serment fatal entre nous deux se dresse, Et que vous avez fait, comte, une maladresse!

(Elle se rassied.)

Il ne faut pas jouer avec le feu d'amour, Mélibée !

MÉLIBÉE, riant.

Un renard qui ne saurait qu'un tour, A mon âge, serait indigne de sa queue, Et les poules, madame, en riraient d'une lieue. Régnez paisiblement : il sera votre époux.

ENGUERRANDE

Il est trop tard ; ou bien quel rêve faites-vous

Si vous avez compté lui couper la retraite

Avec le compromis d'une union secrète '.'

Vous tournez le serment"? Trompez donc sa fierté!

MÉLIBÉE

Votre époux sera roi ! Régnez en liberté. Il y va du salut de tous ! — L'Italie arme, Et ses forces, dit-on, se concentrent à Parme. Le cabinet Latin ne vous reconnaît pas Pour reine de Sicile? On a prévu le cas : Nous ripostons d'abord par les cérémonies. — Votre amour est l'orgueil des Iles réunies, Madame! — d'un hymen populaire, qui fait De deux petits États un grand, et dont l'effet Est primo : de tenir en respect cet Empire, Puis d'asseoir un bonheur qui va de mal en pire Entre deux jeunes gens l'un pour l'autre créés.

Est-ce de mon tourment que vous vous récréez ?

MÉLIBÉE, lui présentani un papier.

Madame, il faut signer ce décret d'amnistie. De tous les droits dont une Altesse est investie Celui de gracier est le plus doux.

ESGUERRANDE 813

ENGUERRANDE

Donnez.

(Elle signe.)

Que tous les criminels d'État soient pardonnes ! Je te signe, joyeuse, et sans qu'on m'y, contraigne, Cher acte, qui seras le premier de mon règne ! Ah ! porte-moi bonheur !

Mélibée va au fond et amène Noëma.)

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