SCENE II CHAMPOULAY, AGATHE
AGATHE
M. le baron de Champoulay ! C'est dire que mon beau-frère n'est pas loin. Par quelle bonne chance, monsieur ?
CHAMPOULAY
Je viens savoir, madame, s'il vous serait agréable d'assister ce soir à la nouvelle conception d'Hervé : Louis III et Cavloman, quatre actes, avec ballet. C'est une pièce historique. Je suis détenteur d'une loge que je me permets de mettre à vos pieds. Elles font horriblement prime.
AGATHE
Je vous remercie, je ne vais au théâtre qu'en payant.
CHAMPOULAY
Je vous croyais Parisienne ! Je me serais honoré de vous accompagner, madame.
AGATHE
Tout l'honneur eût été pour moi. (A part.) Qu'est-ce qui lui prend, à ce jeune ravagé '?
CHAMPOULAY
J'aurai, je crois, au moins le plaisir de vous rencontrer au prochain bal de la présidence. Voulez-vous m'autoriseï à m'inscrire dès à présent sur votre carnet pour la première valse ?
AGATHE
Croyez à tous mes regrets ; elle est promise.
CHAMPOULAY
Pour la deuxième, alors ?
AGATHE Je n'en danse jamais qu'une.
CHAMPOULAY
J'envie votre heureux cavalier.
AGATHE
C'est mon mari.
CHAMPOULAY
Raison de plus.
AGATHE
Oh ! mais c'est une déclaration. Mais vous perdez votre temps, cher monsieur... absolument.
Ce m'est un cruel déboire que de vous déplaire... Mais c'est d'abord ce qui m'arrive avec les femmes...
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Seulement' je ne perds jamais l'espérance... J'attends.
AGATHE
Sans doute il y a des ormes dans votre jardin ?
UN DOMESTIQUE, entrant.
Une lettre pour madame.
AGATHE
Je connais cette écriture. Oh ! par exemple oui, je la connais. Qui donc est-ce ? Vous permettez ?
CHAMPOULAY, à part.
Voyons la diplomatie assise de Virandot.
AGATHE, lisant.
« Ne m'attends pas ce soir, chère amie. Séance de « nuit. Je dîne à Versailles. » — Je n'avais pas reconnu l'écriture de Claude !
CHAMPOULAY, riant.
Ah ! ah !
AGATHE
Vous riez de cette lettre, monsieur ?
CHAMPOULAY
Je ris de la séance de nuit. Le mercredi, il n'y a pas de Chambre, madame. (A part.) Vlan ! le coup du pacte !
C'est pourtant vrai.. (Au domestique.) Attendez. (Elle écrit.) « Mon cher mari, cela tombe à merveille. Je vais ce « soir à la première de Louis III et Carloman. M. le « baron de Champoulay veut bien me tenir compagnie
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« et m'offrir une place dans sa loge. Il te remplacera « dignement auprès de ta languissante... Agathe. » —
Portez Cela. (Le domestique sort.)
CHAMPOULAY
Oh ! madame, quelle ivresse !
AGATHE
A ce soir donc, et veuillez amener l'un de vos amis.
CHAMPOULAY Un tiers, pourquoi?
AGATHE
Ce n'est pas un tiers, c'est un deuxième. Il y a deux dans le pacte. A ce soir.
CHAMPOULAY
Merci ! Et maintenant chez Balsamine ! Il faut qu'elle me rende le service de garder le Virandot. (il sort.)