‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 5 sur 67 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DAMÉTA, seule.

Archis repose auprès de l'âne sur la mousse ;

Les javelots du jour que le feuillage émousse

Criblent de lueurs d'or son visage vermeil;

On le dirait déjà bercé du grand sommeil

Dans le giron clément de la bonne Cybèle.

Il est beau comme au temps où j'étais la plus belle.

(Elle va à la fontaine.) Fontaine, ne faut-il pour le redevenir Que me mirer dans ta vasque, et me souvenir?

(Elle s'assied.

Femme aux tempes d'argent, vous avez été blonde. Hes cheveux dénoués au vent, comme dans Tonde Les algues, et si longs qu'Éole les filait, Ont jadis dépeuplé d'amants pris au filet La ville d'Aspasie et son isthme aux cent voiles. Mon aube dans Corinthe éteignit les étoiles. Tout ce qui sculpte, peint ou chante allait épris De la vierge d'ivoire où renaissait Cypris

Lorsqu'à mes pieds tombait l'e'cume des dentelles. Oh! ces beautés du corps de la femme, où vont-elles? Où vont les rythmes purs de la forme à seize ans Si légers qu'auprès d'eux ceux du vol sont pesants,- Et les contours pareils en sereine harmonie Aux golfes transparents de la mer d'Ionie, Où vont-ils? Mais où vont dans les airs infinis Le murmure des becs et la paille des nids? Dors, Archis!

(Elle rentre un moment dans le bois. Néère paraît.)

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