SCENE IV Les Mêmes, ROCVILLE
ROCVILLE
Ah! c'est toi! Que deviens-tu donc? On ne te Voit plus. Ce n'est pourtant pas le moment de me lâcher!
Qu'est-ce qu'il y a?
ROCVILLE
Comment, ce qu'il y [a? Mais je [marie ma fille. Ce n'est donc rien, ça?
JACQUES
Pauvre papa! Vous avez encore un grand mois devant vous, voyons?
ROCVILLE
Oui, oh ! parbleu ! Ça ne vous représente rien, à vous autres,
jeunes gens, ce détachement de l'enfant qui s'en vn ! (il s'assied.) Ah! mon Dieu! Déjà?... Mais lu viens de naître, Germaine! Une femme, toi, ma fillette, parce que tes robes sont plus longues, tes cheveux plus profonds et que tu te tiens plus droite! Et moi qui me berçais de cette illusion que, pour m'embrasser, tu te hissais sur les orteils? Non, il paraît que tu grandissais! N'est-ce pas de la trahison? Et si c'était tout encore !
JACQUES, riant.
Bon Dieu! Quoi davantage?
ROCVILLE
Ris, ris, tu y passeras. (Il prend les mains de Laure entre les siennes.) Un jour tu verras arriver une mère tristement souriante, qui te dira dans un coin, à voix basse : — Mon ami, l'amour nous prend notre fille. — L'amour, quel amour? En est-il d'autre que le nôtre? — Oui, l'étranger est venu, des fleurs à la main, il a passé la porte, il est entré jusqu'au foyer de la famille et il nous a enlevé le cœur de notre petite. — Où est ce gueux? — Le voici, bénissez-le!... car il faut les bénir encore! (A Jacques.) C'est là que je t'attends lorsque tu y seras.
Il fera comme nous, mon ami, si son gendre est un autre Philippe, car c'est un troisième enfant qui nous arrive.
JACQUES
Et que je vous garantis.
LAURE
Mais que fait donc Germaine? Elle n'en finit plus de mettre
ses bleuets. Je vais l'y aider et je te l'envoie.
(Laure sort.)