CLOT II. M
Chère ange !
ÉVA
D'abord je suis très satisfaite d'être d'une faible santé, puisque cela m'a valu un beau voyage en Italie avec petit père. Et en Italie, vois-tu, on apprend beaucoup de choses.
CLOTILDE
Vraiment ?
ÉVA
Oui. On est toujours un peu niaise, en sortant des grilles. A propos, mère, pourquoi donc ne venais-tu pas me voir au couvent ? Mes bonnes amies disaient : Cette pauvre Éva ! on ne voit jamais sa mère ! J'étais toute triste, et je ne savais que dire. Heureusement petit père arrivait toujours dans ces moments-là, pour me consoler. Il n'a pas manqué un seul parloir, lui! (Clotildc se lève.) Non, maman, ne te fâche plus. Reste à côté de moi, maman ! je te dis cela parce que je t'aime !
GLOTILDE
Tu m'aimes, toi ? Est-ce bien vrai ?
ÉVA
Oh ! cette question ! Tiens, en Italie, tu crois que je ne pensais pas à toi'.' Mais quand nous allions, par une belle journée, visiter les monuments et les musées, je disais à petit père : Ah ! si elle était là, pourtant,
comme elle serait heureuse ! Elle, c'était toi, dans ton vilain Paris. Il souriait, mon bon père ! Est-ce que tu n'as pas reçu mes lettres "!
CLOTILDE
Si ; mais je n'aime pas à écrire, tu sais.
ÉVA
C'est ce que me disait mon père. Moi, j'avais besoin de t'écrire, et j'ai tout de même continué en cachette... je te les ai toutes rapportées ! quel dommage qu'on ne puisse pas envoyer des baisers par le télégraphe ! (Elle embrasse sa mère) Tu en aurais aujourd'hui... tiens, plein ce tiroir, et datés des plus beaux pays encore !
CLOTILDE
Mais le voilà, le bonheur !